Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

mercredi 13 décembre 2017

Escale de Claude Quiesse en 1968




M. Philippe Chartier me signale la parution du récit d’un voyage de deux ans autour du monde sur un voilier de 11 mètres (1966-1968). Il est publié sur www.beligou.fr  et une édition papier vient de paraitre aux Editions L’ancre de marine.

Extraits du livre Le tour du monde du Beligou
Nous avons passé des moments agréables en compagnie de Monsieur Martineau, Compagnon de la libération, historien spécialiste des questions d’Empire, Consul de France à Sainte Hélène. Depuis des années, il avait racheté, pièce par pièce, tout ce qui se trouvait dans la maison de Napoléon lorsque l’Empereur y résida. Evidemment, la visite commentée de Longwood house par ce spécialiste, fut un régal d’histoire vivante.

Et, plus loin
Sir D.A.Murphy, humoriste Secrétaire général Gouverneur de l’île, ne pouvait pas être en reste. Son accueil le 1er  Avril, ou fool day, fut des plus sympathiques. Après un ultime toast, il s’estima prisonnier des reliques de Napoléon et n’ayant pas 100.000 livres «pré dévaluation » pour payer sa rançon, et l’Angleterre non plus, il abandonnait l’île de Sainte Hélène, à la «puissance française» ! Ainsi écrivit-il dans notre livre d’or. 

Et Gilbert Martineau de répondre : 

Remerciements à M. Philippe Chartier de partager ces documents

Un des trois hommes du Beligou a laissé derrière lui quelques dessins qui sont encore exposés au Pavillon des Briars.
Claude QUIESSE
Il est né en 1938 à Caen en Normandie et suit les cours du soir de l'École des Beaux-arts.
Durant les années 1966-68, il voyage autour du Monde sur un voilier avec son frère et un ami et expose à Nouméa, La Réunion, Ile Maurice, Le Cap, Sainte Hélène[1].
A cette occasion, Gilbert Martineau lui a acheté des peintures et gravures qui sont présentés ici :

i - Gravure sur cuivre « Le Tombeau de l’Empereur – Ste-Hélène » par Claude Quiesse – Représentation de Tombeau entouré de pins de Norfolk – 0,39 x 0,26 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène.
_________________


ii - Longwood House, appartements des généraux – aquarelle sur papier vélin - Claude Quiesse, 1968 – 0,60 x 0,48 – Collection Michel Dancoisne-Martineau

___________________



iii - Jardins de Longwood House, pavillon chinois – lithographie, couleur sur papier vélin (exemplaire n°38) - Claude Quiesse, 1968 – 0,54 x 0,45 – Collection Michel Dancoisne-Martineau


___________________

iv - Jardins de Longwood House, pavillon chinois et pergola – aquarelle sur papier vélin - Claude Quiesse, 1968 – 0,60 x 0,48 – Collection Michel Dancoisne-Martineau

___________________


v - Tombe de Napoléon – crayon - Claude Quiesse, 1968 – 0,60 x 0,48 – Collection Michel Dancoisne-Martineau


___________________

vi - Longwood House – crayon - Claude Quiesse, 1968 – 0,60 x 0,48 – Collection Michel Dancoisne-Martineau

___________________

vii - Sandy Bay et Lot’s – aquarelle sur papier vélin - Claude Quiesse, 1968 – 0,60 x 0,48 – Collection Michel Dancoisne-Martineau

___________________


  


[1] Pour avoir plus d’informations sur l’artiste, vous pouvez vous rendre sur son site : http://www.quiesse.org/

vendredi 8 décembre 2017

Appel d'offre pour l'entretien des domaines nationaux...


Voici l’annonce qui a été publiée dans le journal officiel de Sainte-Hélène et dans les journaux locaux de cette semaine. 

Pour répondre aux questions de passionnés, d’inquiets ou, plus modestement, de curieux, une explication générale s’impose. Cette avalanche de courriers qui m’est tombée dessus aujourd’hui, a été provoquée par l’appel d’offre de service – via le Gouvernement de Sainte-Hélène [un des trois administrateurs de la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd avec la Fondation Napoléon et le Gouvernement français].

Pour résumer la démarche, il s'agit de stopper la main mise d'une personne (moi, actuellement) par le biais d'une organisation collégiale. Aucune décision ne pourra désormais être prise sans l'accord préalable et unanime de l'administration française, du Gouvernement de Sainte-Hélène et de la Fondation Napoléon. 

Une réforme en profondeur du mode de fonctionnement des domaines nationaux qui datait de Napoléon III et qui empêchait toute possibilité de développement et rendait son fonctionnement courant totalement inadapté   

Il s’agit ici d’une mutation de la gestion administrative et financière de nos domaines nationaux vers une plus grande indépendance et souplesse et, par cela, vers une pérennité.  Déjà, en 2015, un accord qui, sans remettre en question le statut de nos domaines nationaux,  avait permis d’en confier la gestion matérielle à une association de droit local (la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd) dont le directoire est composé de trois membres : un représentant du gouvernement français (moi, en qualité de directeur des Domaines et de Consul honoraire), le Gouvernement de Sainte-Hélène (M. Dax Richards) et la Fondation Napoléon (M. Thierry Lentz représenté sur l’île par Mme Susan O’Bey).
Cet appel d’offre d’aujourd’hui a donc été lancé par la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd. Il s’agit de trouver une entreprise privée capable d’administrer au quotidien, selon un cahier de charges extrêmement précis, détaillé – voire même contraignant, les domaines nationaux ; d’assurer la gestion des visites, des employés, etc. ; d’entretenir les bâtiments, les collections, les forêts, les jardins et tous les autres aspects de ce qui était constitutif de mon emploi.
Bien entendu, je resterai sur l’île – au moins durant les trois prochaines années (durée de mon contrat de travail actuel) pour m’assurer que cette mutation se fasse sans qu’elle ne soit même perceptible par les visiteurs.
En plus d’assurer ce contrôle, je vais pouvoir :
         a)       Conduire des recherches et coordonner des projets scientifiques et culturels ;
         b)      Poursuivre la promotion des domaines nationaux et développer ma relation avec le public, les agences de voyage et médias ;
         c)       Assurer les aspects consulaires habituels et la présence française sur l’île (intégration de nos domaines nationaux auprès du gouvernement et de la population locale - indispensable dans le contexte d’une petite communauté).

dimanche 22 octobre 2017

Rencontre à Londres, Paris et Le Cap


À l’initiative de Enterprise St. Helena, j’ai été invité à rejoindre Son Excellence Lisa Phillips, Gouverneure de St Helena, Ascension, Tristan da Cunha et une dizaine de personnes représentant les divers aspects du tourisme à Sainte-Hélène pour une compagne promotionnelle.

© Dillon, St.Helena, 2001

Nous serons à Londres du dimanche 5 au mardi 7 novembre, à Paris les 8 et 9 novembre puis au Cap le 10.

Pour tous ceux qui souhaiteraient me rencontrer (ou/et les autres membres de la délégation) à Londres ou au Cap, on vient de me dire que ce sera possible :
À Londres : lundi 6 novembre de 20h00 à 22h00
Au Cap : vendredi 10 novembre de 18h00 à 20h00

Si ça vous intéresse, inscrivez-vous auprès de Juliet.williams@tourism.co.sh

jeudi 19 octobre 2017

Les appartements des généraux... Denzil Ibbetson, Jean-Paul Mayeux



En rentrant de Longwood House ce soir, j'ai une pensée toute particulière pour Jean-Paul Mayeux qui avait acheté l'aquarelle de Denzil Ibbetson dont nous nous sommes servis pour reconstituer les bâtiments de Longwood House occupés par les compagnon d'exil de Napoléon.





Durant son séjour à Sainte-Hélène, Denzil ibbetson avait exécuté et annoté ce dessin représentant Longwood House vu de l’ouest.

Cette aquarelle est immédiatement devenue une pièce essentielle pour l’histoire de Longwood House. En effet, on connait un très grand nombre de représentations extérieures des appartements de l’Empereur mais pas de représentation détaillée (et fiable!) des appartements de Gourgaud, Montholon, Las Cases, O’Meara…

Estimant qu’il s’agit d’ « une pièce de musée qui devrait pouvoir être vue par le plus grand nombre de personnes intéressées », Jean-Paul Mayeux avait décidé en 2010 d’en faire don aux Domaines Français de Sainte-Hélène après restauration. Vous pouvez imaginer mon bonheur ! Je dispose désormais d’un outil de travail de première importance.

Sept ans plus tard, ma reconnaissance envers Jean-Paul Mayeux demeure incommensurable.


Retour à Sainte-Hélène d'un bienfaiteur des domaines nationaux


Pascal Laparlière, le directeur fondateur de l'agence de voyage "Sainte-Hélène Voyage & Service" quitte Paris ce soir . Il effectura son dernier voyage en mer à bord du RMS.


Pour rappel : la SHV&S est le partenaire exclusif de la Saint Helena Napoleonic Heritage Ltd*. Cette agence de voyage spécialisée dans la destination de SH est basée à Paris (110 Rue des Grands Champs, Boite 48, 75020 Paris France)  pascal.laparliere@voyage.sh
www.voyage.sh


Pascal, par l'entremise de Jean-Paul Mayeux dont j’ai eu maintes fois l’occasion de mentionner le nom sur ce blog, nous avait offert en 2012 quatre photographies (en fait deux documents recto-verso) prises à Sainte-Hélène vers 1875.
Ce sont quatre tirages albuminés montés sur carton, légendés sous l’image de 14 x 21 cm qu’ils ont achetés ensemble à une vente aux enchères à Richelieu-Drouot, Paris le mardi 24 avril 2012.







  

“Napoléon sur son lit de mort” par John WARD



dessin signé par l’auteur, John WARD qui était l’Enseigne qui avait la charge de porter le drapeau du 66ème Régiment.
John Ward est arrivé dans l’île en 1821, peu avant la mort de Napoléon. Il est l'auteur de deux dessins de celui-ci, l'un en uniforme, l'autre sur son lit de mort.
Bien que plusieurs exemplaires existent de ces œuvres, Ward ayant l'habitude de se reproduire lui-même, nous n’en avions aucun dans nos collections.
De ce dessin nous connaissons un médaillon en plâtre de la tête de l'Empereur mort.
Ward passa plus tard au 91ème Régiment, stationné à Sainte-Hélène au moment du Retour des Cendres, en 1840, et eut ainsi l'honneur d'assister à l'exhumation après avoir été présent aux funérailles.
Sa femme a écrit quelques notes sur les souvenirs de son mari au moment de la mort de Napoléon, qui ont été reproduites par Lady Burton dans le livre sur son mari.
Ward est mort en 1878.


Transcription et traduction du texte manuscrit effectuée par notre ami Laurent Garnier :
 Those who gazed on the features, as they lay in the still repose of death – could not help exclaiming "How beautiful"! – The head was so large as to be disproportioned to the rest of the body, and the forehead was very ???? and full – The skin was perfectly white and delicate and the whole frame was slender and effeminate – on the left leg near the ankle was a scar which appeared to be occasioned by a wound.
He died on Saturday the 5th May 1821 at 20 minutes past 5 o'clock – just as the Sun Set gun had fired! He was 52 years of age.

traduction :
Le visage avait une expression placide remarquable et reflétait un caractère doux et aimable. Ceux qui fixaient ces traits figés dans le repos éternel – ne pouvaient s'empêcher de s'exclamer "Que c'est beau"! – La tête semblait être disproportionnée par rapport au reste du corps, et le front était très ??? et plein – La peau était parfaitement blanche et délicate et l'ensemble du corps était svelte et efféminé – Il y avait une cicatrice sur la jambe gauche, au niveau de la cheville semblant avoir été occasionné par une blessure.
Il est mort le samedi 5 mai 1821 à 17 heures et vingt minutes – au moment où le coup de canon annonçant le coucher de soleil était tiré!
Il était âgé de 52 ans.

-----------
Ce dessin original se trouve dans nos collection grâce à Jean-Paul Mayeux qui nous avait déjà offert l’aquarelle de Longwood House par Ibbetson. Il était est venu lui-même à Sainte-Hélène en 2014 pour nous offrir ce dessin original représentant Napoléon sur son lit de mort. L’auteur est John WARD qui était l’Enseigne qui avait la charge de porter le drapeau du 66ème Régiment.





lundi 16 octobre 2017

Premier vol commercial - dépêche officielle


Pour mes amis bilingues de ce blog, voici copie de la dépêche officielle du Gouvernement de Sainte-Hélène à l'occasion du premier vol commercial :

COMMERCIAL AIR SERVICE ‘TAKES OFF’ AT ST HELENA AIRPORT
Today began an exciting new chapter in St Helena’s history when the first ever commercial flight from South Africa touched down at St Helena Airport at 1.59pm.
Using their Embraer E190-100IGW aircraft, Airlink brought in this inaugural flight from OR Tambo International Airport in Johannesburg, following a six hour journey incorporating a fuelling stop in Windhoek, Namibia. Airlink will now operate a weekly service between St Helena and Johannesburg and St Helena and Cape Town (via the stopover at Windhoek International Airport). 
72 passengers comprising returning Saints and invited guests - Tour Operators from Eastcape Tours, Get Africa Travel, Springbok Atlas and Island Holidays, International media – BBC, ITV, The Times, Thomson Reuters, Associated Press and other publications – were greeted by HE Governor Lisa Phillips on arrival and then by a full St Helenian welcome in the packed Arrivals Hall. 
Speaking about today’s flight, HE Governor Lisa Phillips, said:
“For St Helena, today is the start of a bright new future. We are determined to make sure that air services work to benefit all St Helenians and bring about a higher standard of living for those on the Island. We are open for business and investment and we know tourists will marvel at the beauty of the Island. We are happy to welcome our visitors to the ‘secret of the South Atlantic’.”
Sales and Marketing Manager in Airlink, Karin Murray, added:
“This is a momentous historic occasion for St Helena, its citizens and its stakeholders. On behalf of all of us at Airlink, the staff, the Board of Directors and the Shareholders of Airlink, I hereby express our absolute joy and pride at having accomplished this inaugural flight and for having established this scheduled public air transportation air bridge for St Helena. This is indeed a privilege for Airlink and we congratulate St Helena on achieving this auspicious milestone which has been many years in the making.”
To mark today’s momentous occasion, guests will undertake a full itinerary of visits to key tourist attractions on St Helena. A reception at Plantation House is also being hosted by Governor Lisa Phillips for all passengers onboard today’s flight and for key people involved in the arrangements leading up to today.

The flight will depart St Helena tomorrow, Sunday 15 October 2017, at 2.30pm. 


















Premier vol commercial pour Sainte-Hélène : couverture médiatique

Sainte-Hélène a fait ce weekend la une des journaux en Europe. 
La BBC en a même fait la une de leur journal. 
les médias en France en parlent aussi : 
Liaison aérienne : l'île de Sainte-Hélène sort de l'isolement
La petite île britannique, célèbre pour avoir abrité l'exil de Napoléon, a désormais sa liaison aérienne. Hier, un premier vol commercial s'est posé sur ce rocher perdu dans l'Atlantique Sud, entre l'Afrique et l'Amérique. Jusqu'à présent, seul un bateau rejoignait l'île une fois toutes les trois semaines.
C'était l'une des îles les plus isolées au monde. Un rocher au milieu de l'Atlantique désormais desservi par avion. À Sainte-Hélène, les premiers passagers se sont posés hier sur ce petit bout de territoire britannique, célèbre terre d'exil de Napoléon 1er. L'empereur des Français est mort ici en 1821. Située à près de 2 000 kilomètres des côtes africaines, Sainte-Hélène n'était jusqu'ici accessible que par bateau : cinq jours de traversée depuis l'Afrique du Sud, six heures d'avion désormais.
Attirer davantage de visiteurs
L’historien passionné de Napoléon 1er David Chanteranne s’est déjà rendu à Sainte-Hélène. Il lui sera beaucoup plus facile d’y retourner. Près de 600 visiteurs s'étaient rendus à Sainte-Hélène par bateau en 2016. L'île compte sur cette nouvelle liaison pour attirer d'autres touristes. Un voyage qui reste coûteux : comptez 900 euros le billet aller-retour depuis Johannesburg (Afrique du Sud).
L'île de Sainte-Hélène enfin desservie par un premier vol commercial
 07h34, le 15 octobre 2017, modifié à 08h52, le 15 octobre 2017



Partie émergée d'un volcan, l'île de Sainte-Hélène est située à mi-chemin ou presque entre l'Afrique et l'Amérique latine. @ GIANLUIGI GUERCIA / AFP


Jusqu'ici, la petite île britannique n'était joignable que par bateau, une fois toutes les trois semaines.
Le premier vol commercial a atterri samedi à Sainte-Hélène, petite île britannique perdue dans l'Atlantique sud, mettant fin à des siècles d'isolement pour les habitants de ce rocher où Napoléon est mort en exil.
Accueilli par la gouverneure. Une centaine de personnes, souvent en familles, avaient fait le déplacement jusqu'à l'aéroport flambant neuf pour assister à l'atterrissage, dans un ciel chargé, de l'Embraer 190 en provenance de Johannesburg en Afrique du Sud. Une fois sur le tarmac, la soixantaine de passagers ont été accueillis au pied de l'avion par la gouverneure de Sainte-Hélène, Lisa Phillips, tout sourire, flanquée des drapeaux de l'Afrique du Sud et de Sainte-Hélène.
Un coût financier de taille. Cet aéroport "nous connecte au monde et nous ouvre sur le monde", s'est réjoui Niall O'Keeffe, chargé du développement économique de l'île, rejetant le qualificatif d'"aéroport le moins utile au monde". Sa construction, une véritable prouesse technique en raison du relief accidenté de l'île, a coûté 285 millions de livres (318 millions d'euros). Une somme colossale pour un territoire qui abrite quelque 4.500 habitants.

Fini le bateau ! Partie émergée d'un volcan, l'île de Sainte-Hélène, d'une superficie de 122 km2, est située à mi-chemin ou presque entre l'Afrique et l'Amérique latine. Son isolement en a longtemps fait un lieu de détention prisé des autorités britanniques : l'empereur Napoléon de 1815 jusqu'à sa mort en 1821, mais aussi des milliers de prisonniers boers sud-africains au 20ème siècle. Sainte-Hélène est l'une des dernières destinations au monde qui n'était accessible qu'après un long voyage en mer. Cinq jours à une vitesse moyenne de 15 nœuds (28 km/h) depuis Le Cap. Seul un bateau, le RMS St Helena, reliait les habitants de l'île au reste du monde. Toutes les trois semaines, il y acheminait nourriture, passagers, courrier, véhicules... Tout, sauf le carburant livré par pétrolier. Cette époque est désormais révolue.

mardi 10 octobre 2017

Un entretien avec "Paroles d'Actu"

Michel Dancoisne-Martineau : « Sainte-Hélène, une ode à la liberté d'être soi-même »


Lorsqu'on se retrouve avec, en mains, Je suis le gardien du tombeau vide(Flammarion, 2017), l’ouvrage de Michel Dancoisne-Martineau, consul honoraire de France à Sainte-Hélène, on s’imagine un peu que le récit va tourner autour de Napoléon et qu’on va relire l’histoire du vécu de l’empereur déchu sur cette île lointaine et mythique, celle de son ultime exil forcé. Autant le dire tout de suite : on se trompe, et il est à parier que le lecteur sera étonné, parfois surpris de ce qu’il découvrira dans ce livre. De Napoléon il est certes question, largement et en filigrane, mais on voit surtout se dérouler la vie d’un homme qui, à l’heure de ses cinquante ans, a pris le parti de se raconter, sans tabou, et avec une honnêteté qu’on sent à fleur de peau. Ce qu’on découvre aussi, c’est que Sainte-Hélène ne se résume pas à une prison dorée d’il y a deux siècles, mais qu’elle est aussi un lieu de vie, riche d’une communauté multiple et à bien des égards pittoresque. Ce livre, que je vous recommande chaleureusement, nous invite en somme à plonger dans l’intime d’un homme. Et à prendre le large, le grand large, pour un voyage dépaysant, touchant et enrichissant... Une exclu Paroles d’Actu, par Nicolas Roche.

ENTRETIEN EXCLUSIF - PAROLES D’ACTU
Q. : 30/09/17 ; R. : 04/10/17.
Michel Dancoisne-Martineau: « Sainte-Hélène,
une ode à la liberté d'être soi-même »
Je suis le gardien du tombeau vide

Paroles d’Actu : Michel Dancoisne-Martineau bonjour, et merci d’avoir accepté de répondre à mes questions pour Paroles d’Actu. Vous êtes consul honoraire de France, directeur des Domaines nationaux de Sainte-Hélène, et donc à ce titre, c’est d’ailleurs « celui » de votre livre, trouvé par un visiteur je le cite, « gardien du tombeau vide », celui bien sûr de Napoléon... Le lecteur qui ne vous connaît pas sera surpris, je pense, à la lecture de votre ouvrage (Je suis le gardien du tombeau vide, Flammarion, 2017), parce qu’il ne s’attendra pas forcément à ce qu’il y trouvera.
Vous racontez votre parcours à Sainte-Hélène mais vous vous racontez vous, surtout, et de manière parfois très intime. Vous dites que ce livre est en partie une réponse à toutes les questions que les curieux se posent à votre endroit, mais est-ce que vous ne l’avez pas ressenti également, quelque part, comme un besoin personnel, peut-être de coucher sur papier un bilan de votre vie à l’occasion de vos cinquante ans, et peut-être d’en "exorciser" certains pans ?
pourquoi ce livre ?
Michel Dancoisne-Martineau : Vous savez qu’écrire n’est pas mon domaine de prédilection. L’objet de ce récit était d’ailleurs de tout dire une fois pour toute afin de me taire ensuite. C’est d’ailleurs la règle de base pour vivre en permanence à Sainte-Hélène : il faut savoir ne rien cacher.
Certains lecteurs critiques de mon histoire appellent ça de l’impudeur, d’autres de l’exhibition. Pour nous qui partageons un même espace dans un isolement géographique extrême (on est à 2000 km des côtes les plus proches de l’Afrique, et à 4000 km de l’Amérique du sud), tout montrer – ou ne rien cacher – est le b.a.-ba de la vie en communauté.
Vous avez prononcé le mot qui, ici, est vain : « intime ». Bien entendu, si vous ne passez qu’une semaine ou deux sur l’île, vous pourrez conserver un coin de votre jardin secret. Sans problème. Par contre, pour pouvoir y vivre toute l’année, il vous sera difficile d’en préserver ne serait-ce qu’une parcelle. Je ne compte plus le nombre d’immigrants britanniques ou d’autres nationalités qui, après avoir fait le choix de résider sur l’île, ont flanché psychologiquement au bout de quelques mois.
« La rédaction de ce récit a eu pour moi
l’effet d’une sorte de psychanalyse »
En ce qui me concerne, comme vous l’avez soupçonné, la rédaction de ce récit a effectivement eu l’effet d’une sorte de psychanalyse qui m’a permis de comprendre que la surface de cette île était devenue mon « hypercadre ». Je ne m’en étais vraiment rendu compte que lorsque j’avais commencé la rédaction des deux derniers chapitres et que je réalisais l’abondance du matériel métaphorique que j’avais déployé pour parler de moi. Je réalisai que Sainte Hélène, lieu clos concrétisant le territoire de l’imaginaire et du moi, s’était fait personnage, cette instance tierce essentielle à toute psychanalyse ou, ce que, dans votre question, vous appelez « exorcisme ».
Je fus rassuré de savoir que les patients de la psychanalyse ne sont jamais ceux qui demeurent dans leur « hypercadre » mais ceux qui doivent poursuivre leur cure au-delà de leurs limites géographiques comme si l’extrême proximité rendait le voyage impossible. Bref tout le contraire de l’insulaire à temps plein que je suis devenu.
 
PdA : Votre histoire débute dans un cadre familial compliqué, en Picardie, mais votre aventure avec Sainte-Hélène, vous la devez non à Napoléon mais à... Lord Byron, à des échanges puis à une rencontre avec un homme, un des très grands noms de votre vie : Gilbert Martineau, officier de marine, historien, consul honoraire de l’île... il deviendra votre père adoptif... Parlez-nous de votre rencontre ? De lui, de qui il était ?
Gilbert Martineau
M.D.-M. : Suite à la publication de son Lord Byron, la malédiction du génie et à une correspondance que j’avais eue avec lui, je devais rencontrer Gilbert Martineau au Havre à l’occasion de son voyage annuel en France. J’étais – et je le suis resté – extrêmement timide en public (il suffit d’écouter mes interviews radio ou télévisuelles pour s’en apercevoir). Et donc je me contentai d’écouter cet homme sombre, désabusé de tout, cynique que j’avais perçu dans sa biographie de Lord Byron. 
Pour vous faire comprendre qui il était, je vais vous résumer son histoire telle qu’il me la livra : celui qui n’était encore que le « matelot Gilbert Martineau », le 7 septembre 1939, intégra la base de Brest où il resta jusqu’au 17 mars 1940. Puis passant par Cherbourg, il quitta la France pour Harvich le 25 mars et Dundee le 1er mai pour des missions de traducteur de la Marine nationale. Il regagna sa base à Brest pour embarquer le 18 juin sur le Jules Verne (groupe sous-marin en Angleterre). Début juillet 1940, il fut envoyé en Afrique de l’ouest où il rallia les Forces françaises libres (FFL) de de Gaulle. Quartier-maître à compter du 1er août 1940, il servit à Casablanca, Sidi Abdallah, Oran et Dakar en qualité d’officier de liaison entre les forces américaines, britanniques et les FFL. Il passa toute la durée de la seconde Guerre en Afrique de l’ouest et du nord.
« "Traîner une vie n’importe où pourvu qu’il y ait
l’inconnu, la découverte à chaque instant
des mondes nouveaux" »
Après avoir quitté Nouadhibou le 20 mars 1944, et « ses mois d’inaction » comme il les appelait, il fut détaché dans l’escadrille américaine 6FE basée à, selon l’expression administrative de l’époque, Agadir  et confins. Durant un séjour à Casablanca du 5 au 10 juin 1944, il apprit l’étonnante nouvelle du débarquement des troupes alliées en France. Il confiera alors à ses parents : « Je redoute la vie d’après-guerre terriblement. J’ai peur de manquer d’air : traîner une vie n’importe où pourvu qu’il y ait l’inconnu, la découverte à chaque instant des mondes nouveaux. La vraie vie est vraiment absente ! Et pourtant la chercher est bien tentant ! » Le même jour, dans ses carnets, il compléta son récit en y rajoutant un mot : « Foutaises… ».

Gilbert Martineau à Longwood 1959 
Gilbert Martineau à Longwood, 1959.
Gilbert Martineau

À partir de 1945, à l’ombre de la société littéraire qui entourait Rosemonde Gérard (la femme d’Edmond Rostand), il prit la direction des guides de voyage Nagel. Il s’enivra du Paris intellectuel d’après-guerre. Il en sortit toutefois totalement désillusionné et, en 1954, il reprit son uniforme d’officier de la marine nationale pour devenir chef des services généraux et des opérations à la base aéronavale d’Aspretto en Corse. Là encore, le cadre militaire le désenchanta et il accepta de se retirer du monde à Sainte Hélène où il débarqua pour la première fois le 5 décembre 1956.
« Il se plaisait à se duper... il le faisait
d’ailleurs avec panache et grandeur »
Jusqu’à sa mort en 1995, il resta un être désabusé, lancé dans une quête permanente à laquelle il ne croyait toutefois pas. Il se plaisait à se duper. Il le faisait d’ailleurs avec panache et grandeur. Il y avait du « Cyrano » en lui. Il était mon héros.

PdA : Qu’est-ce que vous « devez » à cet homme ? Dans quelle mesure diriez-vous de Gilbert Martineau qu’il a contribué à vous orienter et à vous « forger » dans la vie ?
« Il ne m’a pas engendré, mais il m’a sauvé... »
M.D.-M. : En détaillant tout ce que je lui dois, je pourrais répondre à votre question en noircissant des pages entières. Mais ce serait réécrire le récit déjà publié. Je vous répondrais succinctement que je dois à Gilbert tout ce qu’un fils crédite habituellement à son père : il m’a éduqué et lancé dans la vie. Seule différence : au lieu de m’avoir engendré, il m’a sauvé. Il m’a offert l’amour paternel dont la vie m’avait privé. Je n’avais jamais renoncé à trouver cet amour-là ; même si, cela, il me fallut le dénicher à l’autre extrémité du monde.

Vie à Sainte-Hélène
Michel Dancoisne-Martineau. Scènes de vie à Sainte-Hélène, 1996-2000.

PdA : En 1985, vous avez 18 ans et débarquez pour la première fois sur l’île de Sainte-Hélène, dans l’Atlantique sud... En quoi ce que vous y trouvez à ce moment-là diffère-t-il de ce que vous imaginiez de l’endroit et de ses sites historiques ?
Sainte-Hélène, premiers contacts
M.D.-M. : La vérité fut qu’avant de venir à Sainte Hélène, je ne m’étais rien imaginé du tout. Je ne m’attendais donc à rien. Je n’étais encore jamais sorti des frontières de l’Hexagone ; je n’avais pas encore lu le Mémorial de Las Cases ; dans ma scolarité, la période « Napoléon », coincée entre la seconde et la première, avait été « oubliée » ; la légendaire île de Sainte Hélène noircie par deux siècles de propagandes pro ou antinapoléonienne ne m’était connue que par une comptine. Même la Grande-Bretagne, d’où je pris le bateau pour la première fois me parut exotique.
Dans ce contexte, l’île et ses sites historiques ne furent pour moi qu’une découverte d’une même nature que lorsque l’on découvre un film ou un roman. Il se trouva que Sainte Hélène ressemblait alors à une nouvelle de Rudyard Kipling et la dernière résidence de Napoléon à Longwood à un film d’Orson Welles.

PdA : Vous le faites comprendre à bien des reprises dans votre ouvrage : sans doute avez-vous été davantage fasciné par la société hélénienne et ses individualités que par le site en lui-même. Sainte-Hélène au milieu des années 80, racontez-vous, c’est une terre de survivance de l’époque impériale britannique, avec ses titres de noblesse désuets et ses espaces de liberté qui bien souvent franchissent allègrement les limites de la permissivité. Vous avez « fait » une partie de votre jeunesse et, disons, de vos écoles des amours et de la vie durant ces années-là, dans ce cadre-ci. Non sans questionner a posteriori, c’est particulièrement évident à la toute fin de votre livre, le caractère moral de quelques pratiques passées sur l’île. En quoi diriez-vous de cette expérience à Sainte-Hélène qu’elle vous a fait « grandir », et que vous a-t-elle appris sur l’humain et les communautés humaines ?
jeunesse et 80s à Sainte-Hélène
M.D.-M. : Sainte-Hélène, dans les années 1980, se trouvait au confluent de son histoire. Elle n’était pas encore sortie de l’emprise coloniale et du diktat de Londres et cependant, par l’entremise d’Ascension (île voisine à laquelle elle est administrativement liée), elle entrait de plain-pied dans le monde moderne avec la culture américaine, ses relais radiophoniques, ses satellites espions et autres missions spatiales.
À cette époque, j’avais à peine vingt ans, et bien entendu retins surtout l’aspect humain de cette période transitoire. La société de Sainte-Hélène était pleine de paradoxes : très religieuse (protestante et anglicane) et cependant sans préjugé ni tabou.
« Un mélange détonnant de vieux militaires britan-
niques, d’autochtones jamais sortis de leur île et
de jeunes vivant à fond dans leur époque »
C’était un mélange détonnant de vieux militaires de l’armée britannique en Birmanie ou en Inde, d’Héléniens qui n’étaient jamais sortis de leur île, et, de jeunes qui, en travaillant à l’île d’Ascension, avaient découvert la musique Country américaine, les mœurs de San Francisco et de Miami, les fiches de paye et les droits humains. À Sainte-Hélène, le sexe et l’alcool étaient les divertissements les plus abordables avec, dans les deux cas, les abus qui, inévitablement, en dérivent.
Faute d’élément de comparaison – je n’ai vécu ma vie d’homme qu’à Sainte Hélène –, je ne saurais donc vous dire si cette île m’a fait «  grandir  » ni décrire ce qu’elle m’aurait appris sur l’humain. Cependant, elle m’a aidé à déterminer et accepter mes limites. Sainte-Hélène m’a appris à prendre le temps ou à le perdre avec ravissement.

PdA : Parmi les talents qu’on vous découvre, il y a celui de croquer des portraits, par les mots et par le dessin, d’habitants, parfois de visiteurs de Sainte-Hélène. Voulez-vous, via ces deux médias, nous en présenter un ici ? Focus... sur qui vous voulez.
une âme de Sainte-Hélène
M.D.-M. : Je choisis ici un des derniers portraits que j’ai peint. Il s’agit de Donald Harris.
Donald Harris
Il est le propriétaire de la pension de famille qui porte aujourd’hui son nom. Il s’agit d’une très belle maison géorgienne qui se trouve côté ouest de l’unique avenue de Jamestown. Cette maison appartenait, il y a quelques années, à un certain « colonel Drake » qui, après une longue carrière militaire aux Indes, était venu y finir ses jours. Au début des années 1980, Sainte-Hélène était devenue le dernier vestige de l’ère coloniale britannique et ce faisant y attirait toutes les reliques humaines de l’Empire évanoui.
Les conditions du décès de ce colonel illustrèrent parfaitement cette disparition d’un monde : le Colonel, trop avare pour ne pas s’offrir l’aide d’un employé de maison, mourut fortuné mais seul. Lorsque son corps fut découvert, il était étendu sur son lit revêtu de son plus bel uniforme avec toutes ses médailles dans lequel il s’était endormi et éteint.
Donald Harris devint le propriétaire de sa maison. Ce changement est à l’image de la transformation de la société hélénienne qui se produisit durant les dix premières années de ma vie sur l’île : 1985-1994.
« Je retrouve en Donald Harris tout ce que j’aime
en Sainte-Hélène : sa candeur, sa loyauté,
sa simplicité et sa sincérité... »
Faire le portrait de Donald Harris a été pour moi un véritable bonheur car, en lui, je retrouve tout ce que j’aime en Sainte Hélène : sa candeur, sa loyauté, sa simplicité et sa sincérité.
Malheureusement, vue de l’Europe ou d’ailleurs, ces vertus peuvent être perçues comme un manque de pudeur. Je me suis rendu compte de cela après la publication du récit de mes premières trente années passées à Sainte-Hélène. Des journalistes et des lecteurs ont reproché mon manque total de pudeur qui les a mis mal-à-l’aise.
En disant cela, ils ont mis en avant ce qu’est Sainte-Hélène : une ode à la liberté d’être soi-même dans le respect de l’autre ; l’orgueil de son identité ; l’absence de jugement de l’autre ; la fierté de ses apparences.
Donald Harris est pour moi tout cela à la fois. En se tenant au perron de son hôtel de Jamestown qui porte son nom, torse nu, souriant, un paquet de cigarettes à la main et toujours de bonne humeur, il est la plus parfaite image de la beauté de l’ile qui nargue les préjugés et met à mal tous les codes sociétaux. Les rides ne sont pas honteuses.
« À l’hypocrite pudeur, comme Donald, j’oppose
le bonheur d’être soi-même... »
À l’hypocrite pudeur, comme Donald, j’oppose le bonheur d’être soi-même. En toute liberté dans le respect de l’autre.

Donald Harris détail

PdA : Il apparaît clairement, à la lecture de votre récit, que vous ne vous faisiez pas forcément la même conception de votre travail à Sainte-Hélène, avec Gilbert Martineau. Lui se voyait comme le gardien d’un temple, fut-il délabré, préférant à l’entretien des domaines une conception plus intellectuelle de sa mission. Quant à vous, vous racontez vous êtes toujours senti, par rapport à lui, illégitime sur l’aspect « connaissances napoléoniennes », mais vous prenez à cœur au quotidien, en n’ayant pas peur de mettre vous-même la main à la pâte, de restaurer, d’entretenir et de valoriser méticuleusement chaque parcelle des domaines. Est-ce que vous ressentez-toujours ce complexe quant à l’aspect plus intellectuel de cette fonction de « gardien du tombeau » ? Pensez-vous avoir trouvé un bon équilibre dans l’exercice de votre charge ?
conceptions d’un job
M.D.-M. : Gilbert était devenu un maitre dans l’art du paraître ; ce qui est une gageure à Sainte Hélène où toute prétention est pourtant intenable. La vie communautaire en milieu clos est insoutenable à tous ceux qui se leurrent.
« Je gère les domaines de Sainte-Hélène
comme un agriculteur son exploitation »
Pour cette raison, je n’essaie pas de postuler au poste d’historien, de spécialiste. Je sais que je suis bien plus manuel qu’intellectuel. L’État français m’a confié la charge d’entretenir des biens mobiliers et immobiliers. Je les gère comme un agriculteur son exploitation. Passer des travaux de couvreur, d’horticulteur-paysagiste, de maçon, de comptable, d’administratif, de forestier, de plombier est le lot commun de tous les chefs d’exploitations agricoles. Les seules véritables touches supplémentaires à mon emploi sont de pouvoir aussi entreprendre des recherches, rédiger des études historiques, transcrire des documents d’archives et en faire des synthèses, constituer un fonds de documentation et savoir entretenir un réseau de relations gouvernementale, institutionnelle et publique.
Pour répondre précisément à votre question, s’il est vrai que ce ne fut pas toujours le cas, je ne fais plus désormais aucun complexe sur ma légitimité intellectuelle ; j’ai incorporé dans la liste de mes compétences celle d’historiographe que je n’évalue pas être supérieure aux autres travaux manuels ou administratifs qui sont les miens.
Je laisse à d’autres la charge d’historien.

PdA : Beaucoup de fantasmes entourent l’histoire de Napoléon à Sainte-Hélène, des histoires qui viennent alimenter une légende parfois fort éloignée de ce que fut la réalité de son quotidien sur l’île. Pour avoir beaucoup étudié la question depuis votre arrivée sur l’île, vous avez la possibilité d’y voir aujourd’hui un peu plus clair. Alors, Napoléon à Sainte-Hélène, fut-il un captif maltraité par ses geôliers anglais, ou bien un dignitaire traité avec des égards dû à son rang passé ?
Napoléon sur l’île, la vérité ?
M.D.-M. : Effectivement, par manque de recherches et aveuglés par leurs désirs de créer de l’intérêt, de nombreux historiens se sont égarés durant ces dernières décennies vers des théories plus ou moins fumeuses.
« Ce fut un dialogue de sourds bavards »
Pour répondre succinctement à votre question, en dépouillant les archives anglaises et françaises, on peut résumer la situation de Napoléon à Sainte-Hélène à un dialogue de sourds bavards. La totale incompatibilité entre les deux parties qui, pareillement, se murent derrière leurs certitudes, leurs interprétations, leurs mauvaises fois et leurs orgueils. Sainte-Hélène a été, durant l’exil, le terrain où s’est jouée une foire aux égos démesurés. D’un côté, des Britanniques qui, à l’image de Lord Bathurst, ont l’arrogance revancharde du vainqueur disposant du pouvoir absolu d’un empire et d’une suprématie sur les océans, et de l’autre, un empereur déchu renfermé dans ses souvenirs et accroché à ses prérogatives impériales comme un naufragé à sa bouée.

Tombe de Napoléon
La tombe de Napoléon. Photo prise par Chantal Fradin, 2014.

PdA : Admettons, l’espace d’un instant, qu’à la faveur d’une complexe et improbable faille dans le système spatio-temporel, vous puissiez vous entretenir avec lui pour lui poser une question : qu’aimeriez-vous savoir de la bouche de Napoléon ?
une question à Napoléon ?
M.D.-M. : OK, admettons. Ma question serait : « Votre Majesté, si Sainte-Hélène vous avait été confiée comme l’île d’Elbe où vous en étiez le souverain, qu’en auriez-vous fait ? »

PdA : Vous citez à plusieurs reprises, dans votre ouvrage, Thierry Lentz et Pierre Branda, deux historiens employés à la Fondation Napoléon qui m’ont fait la joie, chacun, de répondre à plusieurs de mes sollicitations d’interview pour Paroles d’Actu. Quels rapports entretenez-vous aujourd’hui avec la Fondation ? Quel rôle tient-elle dans l’exercice de votre mission à Sainte-Hélène ?
Thierry Lentz et la Fondation Napoléon
M.D.-M. : À la mort de Gilbert Martineau en 1995, le directeur de Malmaison, Bernard Chevallier paracheva ma formation en m’introduisant dans le monde très fermé de l’histoire de l’art et de la conservation.
Depuis son passage à Longwood House en 2003, Thierry Lentz devint, tout en demeurant très professionnel et un méticuleux partenaire, un ami. Il entra très vite dans l’olympe de mes démiurges. Thierry fut absolu dans tous les projets que je le vis conduire. Il avait tout ce dont je manquais et que je ne pouvais qu’admirer chez les autres : de l’entregent, une vive intelligence, une immense connaissance de son sujet napoléonien, une rapidité de décision, une facilité d’écriture et une profonde connaissance des relations humaines. Il ne fut pas long à me cerner. Il comprit qu’à l’école, je n’avais été ni brillant ni cancre et que j’avais toujours préféré la place juste un peu plus haut que la moyenne ; position idéale pour guetter sans être remarqué. Il appréhenda très vite que le goût pour l’observation passive m’avait toujours fait préférer la lecture à l’écriture, la poésie à la philosophie, l’historiographie à l’histoire.
Par un savant dosage d’autorité, de flagornerie, de bienveillance, d’autorité, de menace, de faveur, d’estime et de considération, il sut obtenir de moi ce que je me refusais par manque de confiance – ou d’incompétence avérée. La rédaction et la conception du livre d’art qu’était Sainte-Hélène, île de mémoire (Fayard, 2005) ne furent qu’un début à une longue liste de textes qu’il me fallut produire suite à ses persuasions.
« Jamais paternaliste comme le fut Gilbert,
Thierry Lentz me fit entrevoir les bienfaits
d’appartenir à un foyer »
Thierry fut un révélateur et devint le moteur de mes capacités intellectuelles. Il savait que je gérais les domaines nationaux comme un exploitant agricole aurait régi sa ferme avec amour et non pas, comme on s’y attendrait, par une irrationnelle passion napoléonienne. Il reconnut en moi ce talent d’administrateur mais, à l’homme exigeant qu’il était, cela ne suffisait pas. Il connaissait mon goût pour l’historiographie, mes travaux de recherches et de documentation. Il voulut que j’utilisasse mes résultats afin d’imposer auprès des spécialistes une légitimité scientifique. Il mit à ma disposition sa bibliothèque et m’offrit de nombreux ouvrages. Il sut distiller son enthousiasme pour Sainte-Hélène à tous les membres de l’équipe de la Fondation Napoléon qui, comme Pierre Branda m’accueillirent à bras ouvert aussi bien lorsqu’ils opéraient depuis leurs bureaux Boulevard Haussmann que ceux de la rue Geoffroy Saint-Hilaire. Si Thierry ne fut jamais paternaliste comme le fut Gilbert, il me fit entrevoir les bienfaits d’appartenir à un foyer.

Jean-Paul Mayeux et Thierry Lentz
Le collectionneur Jean-Paul Mayeux et Thierry Lentz à Longwood, 2013.

PdA : L’État français prend-il suffisamment au sérieux et en considération ces domaines, et est-il tout à fait à l’aise avec ce pan de notre histoire ?
l’État et Sainte-Hélène
M.D.-M. : L’État français a toujours eu le souci de l’histoire qui reste attachée aux lieux de mémoires que sont ses propriétés à Sainte-Hélène. Le problème ne s’est jamais situé sur ce point mais sur les aspects bien plus terre-à-terre de gestion des propriétés au quotidien. En d’autres termes, comment gérer « le poste de Sainte-Hélène » qui n’entre dans aucune case administrative et budgétaire ?
Même durant le second Empire (!), les domaines français à Sainte-Hélène avaient été administrativement considérés comme un caillou dans les chaussures de l’administration de la « Maison de L’Empereur » Napoléon III.
Depuis leurs origines, l’élément manquant aux domaines condamnés à l’isolement était une représentation officielle à Paris intéressée de près à ce qui se ferait à Longwood et habilitée à agir en son nom. La Fondation Napoléon, de mécénats ponctuels à un partenariat permanent, s’imposa comme la solide structure institutionnelle que je recherchais depuis la mort de Gilbert Martineau.
Longwood House
Longwood House - Photo aérienne prise par le Groupe Jeanne d’Arc, 2014.
Le 14 octobre 2015, à l’occasion du bicentenaire de l’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène, avec les gouvernements locaux et français, la Fondation accepta de s’engager sur le long terme pour remplir cette fonction édifiée sur des convictions, des principes et des ambitions communs. Longwood House sortit alors de sa bruine et de son obscurité, ce dont l’État français peut légitimement s’enorgueillir.
Cet intérêt médiatique sur Longwood House atteignit son zénith lorsque le musée de l’Armée accueillit durant les mois d’avril à juillet 2016, à l’hôtel des Invalides, une exposition intitulée « Napoléon à Sainte-Hélène , la conquête de la mémoire », dont la genèse fut la restauration des meubles de Longwood House à Paris. Le succès que cette présentation eut auprès du public permit d’affirmer et de motiver ce partenariat tripartite.
Ces activités permirent aussi de me rapprocher du musée national des châteaux de Malmaison et de Bois-préau et de son nouveau directeur, Amaury Lefébure qui comprit et partagea notre ambition.
« Comme une minuscule touche de fantaisie dans
l’univers protocolaire de la diplomatie française »
Désormais, propriétés de l’État français gérées par le Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères, les domaines nationaux apparaissent comme une minuscule touche de fantaisie dans l’univers protocolaire de la diplomatie française.

PdA : Qu’avez-vous envie de répondre à ceux, et je pense qu’ils seraient nombreux a priori, qui ont tendance à voir votre job comme un des plus romantiques du monde ?
job romantique ?
M.D.-M. : Il l’est devenu. C’est d’ailleurs là, la réussite dont je suis le plus fier. Je ne souhaitais pas me retrouver dans la situation de mon prédécesseur qui, faute de postulant, devait sans cesse retarder son départ à la retraite… Par manque d’éléments de comparaison, je ne peux, même si je le pense, affirmer que mon emploi est le plus romantique qui se puisse.

PdA : Quels conseils pour quelqu’un qui aurait envie d’aller voir de ses yeux l’île des dernières années et du décès de Napoléon, ou tout simplement Sainte-Hélène ?
conseils à un visiteur
M.D.-M. : Mon conseil est de débarquer à Sainte-Hélène en essayant d’oublier tout ce que vous auriez pu lire sur le sujet. Mes textes inclus. Ne préjuger de rien. Oublier les légendes, la propagande sur ce lieu que l’éloignement a transformé en mythe. Faire page blanche de toute littérature sur le sujet.
« Cette île, plus qu’une autre, n’est à apprécier
qu’à la lumière naturelle »
Cette île, plus qu’une autre, n’est à apprécier qu’à la lumière naturelle.

Jamesbay
Jamesbay - Photo aérienne prise par le Groupe Jeanne d’Arc, 2014.

PdA : Un aéroport vient de voir le jour sur Sainte-Hélène... Quel regard portez-vous sur cette terre, ses évolutions depuis 32 ans que vous la « pratiquez » ? Est-elle plus ou moins mystérieuse et chère à votre cœur que dans les années 80 ?
passé, futur
« J’y ai appris les vertus de la lenteur, de la vie
en communauté et du partage »
M.D.-M. : Pas de nostalgie. Ce n’est pas dans mon caractère. J’ai révéré l’île durant les années 1980 parce que j’ai pu assister en direct à l’extinction des derniers feux de l’empire colonial britannique. Je suis toujours en adoration devant ce rocher où j’ai appris les vertus de la lenteur, de la vie en communauté et du partage. 
Et puis, il ne faut pas se mentir : le tourisme de Sainte Hélène ne sera jamais de masse… avec un avion de soixante-dix sièges, ce ne sera jamais que vingt à trente âmes supplémentaires réparties sur les 122km² sous-peuplés.

PdA : Autoportrait express : trois adjectifs pour vous qualifier, Michel Dancoisne-Martineau ?
autoportrait
M.D.-M. : Agreste, passionné et patient.

PdA : Avez-vous à l’esprit un cap de vie, une date à partir desquels vous auriez envie de passer la main ? Et, si vous aviez votre mot à dire sur la question, auriez-vous comme votre père avant vous un successeur tout indiqué en tête ?
raccrochage et succession
M.D.-M. : Parmi toutes vos questions, c’est la plus facile : à l’âge légal de la retraite.
Quant à la désignation de mon successeur, je pense que si l’intention du Ministère de l'Europe et des Affaires étrangères était de me remplacer, j’aurais, je pense, réussi à normaliser et rendre ce poste suffisamment attrayant pour trouver assez facilement la personne qui saura entretenir et promouvoir les domaines nationaux à Sainte-Hélène.

Princesse Anne
Avec la Princesse Anne, 2002.

PdA : En 2021, nous célébrerons le bicentenaire du décès de Napoléon à Sainte-Hélène. Quel sera le programme pour l’occasion ?
bicentenaire
M.D.-M. : Jusqu’aujourd’hui, il nous a été tout simplement impossible d’ébaucher le moindre programme car toute organisation était liée à la question de la mise en route de l’exploitation commerciale de l’aéroport. Nous y verrons un peu plus clair durant les prochains mois.

PdA : De quoi êtes-vous fier, quand vous regardez dans le rétro ? Des regrets ?
bilans
M.D.-M. : Ma plus grande fierté ?
Professionnellement : d’avoir su imposer localement et internationalement, respactibiliser administrativement et crédibiliser scientifiquement les domaines nationaux à Sainte-Hélène et contribuer à en faire des lieux de mémoire incontournables.
Personnellement : d’avoir eu les moyens d’offrir la vallée des Briars [au St. Helena National Trust, ndlr] pour en faire une réserve naturelle.

Sainte-Hélène l'équipe
L’équipe, 2016.

Mon principal regret ?
Professionnellement : de n’avoir pas su (ou pu) établir une structure administrative pérenne avec le Ministère de la Culture afin de pouvoir donner à Longwood House une dimension muséale.
Personnellement : de n’avoir pas su (ou pu) comprendre les raisons de l’indifférence (du rejet ?) de mes parents naturels.

PdA : Qu’aimeriez-vous au fond que les gens qui vous auront observé disent de vous, de votre passage ?
regards extérieurs
M.D.-M. : « Il a fait du bon boulot ! »

PdA : L’éditeur le note en quatrième de couverture, et c’est aussi le ressenti que moi j’ai eu en vous lisant : vous avez une vraie belle plume. Comment comptez-vous l’exploiter par la suite ?
écrits à venir ?
M.D.-M. : Ce sont là des mots de l’éditeur. Il n’allait tout de même pas dire le contraire alors que c’est lui qui m’avait demandé de faire cet exercice.
Quant à ma plume, j’ai aussi entendu dans une émission littéraire que mon style était « désuet »… qui croire ? Et comme j’ai un manque total de confiance en mes propres qualités littéraire ou artistique… je préfère de loin le jardinage car la nature m’est plus intelligible.

Briars
Avec Bernard Chevallier aux Briars, 2005.

PdA : Quels sont vos projets, vos envies pour la suite, Michel Dancoisne-Martineau, pour vous à titre personnel, et pour les domaines que vous administrez ? Que peut-on vous souhaiter ?
des projets et des souhaits
M.D.-M. : Côté travail de recherche et d’historiographie, pouvoir finir la série en douze volumes bilingue anglais/français sur l’histoire de « Napoléon et Sainte Hélène, l’écueil de l’Empire ».
Côté gestionnaire des propriétés immobilières de l’État : trouver et pérenniser les moyens afin d’en assurer une plus grande autonomie financière.
Côté personnel : reprendre mes pinceaux que, faute de temps, j’avais dû abandonner depuis près de vingt ans.

PdA : Un message pour quelqu’un en particulier, n’importe qui ?
message personnel
M.D.-M. : Un message pour ma mère avec qui, à l’occasion de la rédaction de mon récit, je pensais pouvoir entamer un dialogue mais qui – en raison des trente années d’indifférence passées ? – refuse toujours la main que je lui tends. Je pensais que la mort de mon père aurait permis une discussion que nous n’avons jamais pu avoir de son vivant. Cependant, même si je le regrette, je respecte ce silence.

PdA : Un dernier mot ?
« Venez nombreux visiter Sainte-Hélène…
une autre façon d’appréhender le monde »
M.D.-M. : Venez nombreux visiter Sainte-Hélène pour y découvrir nos domaines nationaux, découvrir un nouvel univers… une autre façon d’appréhender le monde.
Et ce faisant, nous aider à promouvoir ces lieux de mémoire que sont devenus les Briars, Longwood House et la Tombe (vide) de Napoléon.

Michel Dancoisne-Martineau
Michel Dancoisne-Martineau, par David Bordes, 2011.