Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

lundi 16 mai 2016

La banalité des meubles utilisés par Napoléon à Sainte-Hélène

Une des dessertes les plus communes sur l'île 

Les principaux et les plus nombreux meubles utilisés par Napoléon à Sainte-Hélène l’ont été par Sir George Cockburn qui résuma ainsi son travail : « J’ai eu beaucoup de difficultés pour trouver les meubles nécessaires à une maison comme celle de Longwood avec ses occupants actuels. Le général [Bonaparte] n’en a apporté aucun avec lui de France et le lieutenant-gouverneur [Skelton], bien entendu avait remporté tous ceux qui étaient à l'origine dans la maison car ils lui appartenaient en propre. J’ai donc été forcé d’acheter tout ce qui était nécessaire à l’aménagement intérieur. Cependant, presque tous les articles que je ne me suis procuré sont de seconde main et les moins chers que l’on puisse trouver. J’espère que bientôt, à la prochaine occasion, je serai en mesure de transmettre, pour information, au Gouvernement de Sa Majesté les comptes détaillés de cette dépense et de ce qui a été engagé pour l'hébergement et l’alimentation du général et ses disciples pour la période qui précède leur déménagement à Longwood, ainsi qu’à un calcul de ce que seront probablement leurs frais futurs. Ce coût sera naturellement bien inférieur à celui qui s’est imposé jusqu'aujourd’hui car ils vivaient par nécessité dans des conditions temporaires dans des maisons séparées dans et près de la ville[1] ».



Couverture du catalogue de l'exposition

Que les informations proviennent des Cockburn Papers de la Bibliothèque du Congrès américain, des archives du War Department, des St.Helena Records ANGL de la BnF, des Factory et les Lowe Papers de Kew à Londres, des archives de Jamestown et de la Colonie du Cap, les collections privées, des archives du Ministère des Affaires étrangères, des universités de Sterling ou d’ailleurs, elles doivent être la base de toute étude pour chacun des meubles.  



Une des tables les plus répandues sur l'île.Celle-ci provient de Longwood House


Contrairement à ce que persiste à vouloir croire une grande majorité d’historiens (surtout britanniques) de ces dernières trente années, les meubles utilisés par Napoléon à Longwood étaient très majoritairement achetés « de seconde main et les moins chers que l’on puisse trouver » à l’arrivée sur l’île de Napoléon en 1815.  Nous avons à notre disposition dans divers services d’archives ou collections les factures des achats sur place lors l’installation des Français. Tout avait été fait au rabais car les meubles avaient été achetés localement au meilleur marché.



meubles provenant de Longwood House comme il en existe des dizaines d'autres actuellement sur l'île

Napoléon les décrivit lui-même : « Le peu de mobilier mis à Longwood semble avoir été composé de meubles vieillis dans les antichambres[2] ».

Ils étaient des meubles ordinaires semblables à beaucoup d’autres déjà sur l’île à l’époque. Ni laids, ni resplendissants, ils étaient surtout robustes.

Et c’est là le problème.

Depuis que l’exposition a eu lieu et qu’elle a fait l’objet d’un superbe catalogue, il ne se passe pas une semaine sans qu’un particulier sur l’île me téléphone ou m’écrive pour me dire qu’ils ont chez eux une table, une chaise ou une méridienne exactement – ou presque  – similaire à celle photographiée dans le catalogue.

J’ai beau leur expliquer que cela ne fait que confirmer que les meubles qu’avait Napoléon à sa disposition à Sainte-Hélène étaient communs, ordinaires, ils font la sourde oreille et, comme si je n’avais rien dit, poursuivent par des « oui, mais si… » ou des « oui, mais peut-être que…. ».

Faire l’étude des meubles présentés à Longwood House a été un très long et minutieux travail d’archives scannées (par toujours légalement, je l’admets, et je me dois donc de les garder pour mon usage personnel), de recoupements, d’accumulations, de prises de notes. Le tout représente des disques durs complets de documents divers toujours verbeux et d’apparence inutile. Et cependant, tout est toujours nécessaire lorsqu’un recoupement doit être effectué par exemple entre le testament d’Andrew Darling et les témoignages ou compte rendus de déjeuners ou de réceptions chez lui afin de trouver le détail qui montre que tel meuble se trouvait bien à tel endroit à tel moment. Une succession avec les répartitions des meubles avec les attributions, les disputes. Rien ne doit être négligé.
Et puis, il faut aussi admettre que nous avons été aidé par le premier conservateur des domaines, Martial Gauthier de Rougemont, et le premier Consul honoraire de France, George Moss, qui en 1859, soit seulement 38 ans après la dispersions de meubles sur l’île, ont eu la bonne idée d’en faire la liste afin de les proposer à l’Empereur Napoléon III. Tous les meubles provenant de Sainte-Hélène présentés à l’exposition font partie de ces articles mis de côté en 1859 et qui sont entrés dans les collections du Gouvernement de Sainte-Hélène ou dans les successions des riches familles de l’époque : Solomon, Moss, Pritchard entre autres.


Un peu plus rare sur l'île, je n'en ai recensé que six sur l'île en 2015


Bien entendu, on pourrait toujours nous rétorquer que telle chaise ou telle table a été remplacée entre-temps. Mais, là, nous entrons encore dans un autre débat. Je n’ai aucune raison de mettre en cause la bonne foi de Gauthier de Rougemont qui n’avait absolument aucun intérêt financier ou autre à tirer de l’affaire.
                Pour résumer : il ne suffit pas d’avoir à Sainte-Hélène un meuble identique à un de ceux présentés dans le catalogue, il faut en connaître l’histoire et les origines.




[1] Lettre adressée le 13 décembre 1815 par l’amiral Cockburn à John Wilson Crokee.  Theal (George McCall) : Records of the Cape Colony 1793-1831 copied for the Cape government, from the manuscript documents in the Public Record Office, London (1897) - Volume 11, Page 42
[2] Lettre de Montholon (mais dictée par Napoléon) à George Cockburn datée du 21 décembre 1815 –BnF, Mss, Anglais 3, Documents sur Sainte-Hélène, (document 8). 

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