Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

dimanche 22 mai 2016

Les 150 ans des domaines français (partie 3 - 1858-1871)

                L’achat des domaines impériaux






Après la mort de Napoléon, Longwood House devint de nouveau propriété de la dernière Compagnie des Indes britannique, puis fut transférée à la couronne britannique ; celle-ci la loua à un fermier qui l’employa à des activités agricoles. Le salon de l’empereur était occupé par une batteuse, et sa chambre par des moutons. La Vallée du tombeau, qui appartenait à un particulier, devint l’objet d’un commerce lucratif et scandaleux : il fallait payer trois shillings pour voir la pierre tombale.

 
Public Notice – « Put up to let… » - Annonce publique de la mise en location des domaines de Longwood – L’ensemble des domaines de Longwood, qui incluait Longwood New-House, a fait l’objet d’une mise en location pour exploitation agricole. La résidence de Napoléon était devenue, pour reprendre les termes de l’avis public, « bâtiments de ferme »  - Collection Michel Dancoisne-Martineau
Public Notice – « Put up to let… » - Annonce publique de la mise en location des domaines de Longwood – L’ensemble des domaines de Longwood, qui incluait Longwood New-House, a fait l’objet d’une mise en location pour exploitation agricole. La résidence de Napoléon était devenue, pour reprendre les termes de l’avis public, « bâtiments de ferme »  - Collection Michel Dancoisne-Martineau

Des officiers de la marine française firent état de cette situation affligeante à Napoléon III, qui négocia avec le gouvernement britannique pour acheter les deux domaines à partir de 1854. La Vallée du tombeau fut achetée pour la somme de 1 600 livres, prix qui semblait élevé, mais le célèbre Barnum était au nombre des acheteurs potentiels, et il n’était pas question de marchander.

 
Lithographie en couleurs – texte en français et anglais « Intérieur de la chambre de Ste-Hélène (dans laquelle Napoléon mourût) » du Lt F.R..Stack – 1851 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Lithographie en couleurs – texte en français et anglais « Intérieur de la chambre de Ste-Hélène (dans laquelle Napoléon mourût) » du Lt F.R..Stack – 1851 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 


Longwood House, louée jusqu’en 1873, ne serait cédée qu’en échange de 3500 livres, prix que le gouverneur de Sainte-Hélène jugeait exorbitant, mais qui dut être payé. En outre, un capital de 2000 livres fut attribué à la colonie pour compenser les pertes occasionnées par la vente de Longwood House. Ce total de 7 100 livres fut donc versé au Trésor britannique par l’intermédiaire de la banque Rothschild, et la reine Victoria consentit en Conseil privé à renoncer aux droits de la couronne sur les propriétés transférées à Napoléon III, « neveu de Sa Majesté le défunt empereur Napoléon Premier ».
En mai 1858, le chef de l’escadron Rougemont, commandant des résidences impériales et vétéran de Waterloo, prit possession des deux domaines au nom de la France ; depuis cette date, un représentant de la France vit à Sainte-Hélène.



Un avis anglais
« La transaction par laquelle un gouvernement étranger entra en possession d’une propriété foncière perpétuelle et libre dans une colonie britannique est intéressante pour ceux qui connaissent les lois interdisant l’aliénation de terrains à des ressortissants étrangers.
Le terrain où se situe Longwood House appartenait au gouvernement, tandis que celui où était enterré l’empereur était un terrain « libre » transformé en propriété foncière perpétuelle et libre en vertu d’une proclamation de 1843.
La tombe, en 1821, appartenait à un certain M. Torbett, et, au terme de négociations avec celui-ci, la Compagnie des Indes orientales britannique avait acquis « l’usage et l’accès libres vers et depuis la tombe », tant que le corps y reposerait. La somme versée en échange s’élevait au total à 1200 livres. Des années plus tard, Torbett hypothéqua la propriété, avec d’autres biens lui appartenant, au bénéfice des frères J.J. et S.F. Pritchard, pour la somme de 2700 livres. Il mourut insolvable ; les administrateurs de la succession étant dans l’incapacité de rembourser l’hypothèque, les biens hypothéqués furent saisis et la tombe devint donc propriété des frères Pritchard.
 
Lithographies en couleurs « A series of views illustrative of the Island of St-Helena » de J.Wathen – Septembre 1821 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Lithographies en couleurs « A series of views illustrative of the Island of St-Helena » de J.Wathen – Septembre 1821 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 


Après l’exhumation, la famille Pritchard garda un œil sur l’affaire. Des annonces pour la vente de la tombe et de la première maison de Bertrand parurent fréquemment dans les journaux locaux ; les officiers d’une frégate française firent une fois des offres en leur nom et au nom du gouvernement français pour l’achat de la propriété. Les deux frères furent même en pourparlers avec le célèbre M. Barnum. Ces offres furent signalées au Bureau colonial, qui informa le gouverneur que la cession du terrain à un sujet étranger sous forme de propriété perpétuelle et libre était illégale. 


Médaillons en plâtre, L’Impératrice Eugénie et Napoléon III - D. 0,27 –Don Général Koechlin Schwartz, Juillet 1939 - Salon Montholon – collection des domaines

Médaillons en plâtre, L’Impératrice Eugénie et Napoléon III - D. 0,27 –Don Général Koechlin Schwartz, Juillet 1939 - Salon Montholon – collection des domaines
Médaillons en plâtre, L’Impératrice Eugénie et Napoléon III - D. 0,27 –Don Général Koechlin Schwartz, Juillet 1939 - Salon Montholon – collection des domaines


La situation de Longwood était similaire.
En 1850, l'ingénieux Isaac Moss obtint un bail de 14 ans pour la propriété et tout porte à croire que cela lui permit de chasser l'occupant des lieux, le Capitaine Mason. Isaac Moss s'embarquait ainsi dans une véritable spéculation.
En 1852, la propagande sur le statut de Longwood House était lancée dans la presse de Sainte-Hélène et en 1855, un pamphlet fut publié qui fut même diffusé en France.

 
Gravure sur cuivre « Longwood House, île de Sainte-Hélène » de Raoul Serres – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Gravure sur cuivre « Longwood House, île de Sainte-Hélène » de Raoul Serres – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 


Avec l'arrivée au pouvoir de Napoléon III, la restauration de Longwood House devint uniquement une question de temps et en 1856 les négociations furent ouvertes. Il fut alors proposé au gouvernement d'acquérir la tombe pour la céder ensuite avec Longwood House à l'Empereur français. Les conseillers de la Couronne furent consultés sur les aspects juridiques de l'affaire. Selon Cockburn et Westbury, Sainte-Hélène ayant été un territoire « occupé » et non « cédé », les premiers habitants apportèrent avec eux les lois anglaises alors existantes et applicables, parmi lesquelles une loi interdisant aux étrangers de posséder un terrain. Que cela soit le cas ou non, cela avait peu d'importance ; la loi interdisant aux étrangers de détenir un terrain et la loi de Mortmain sur la propriété ayant été introduites, les autorités locales étaient habilitées à modifier leurs lois en vertu du Government of India Act de 1833. Il aurait donc été légal pour les autorités de Sainte-Hélène, sous la direction du gouvernement de Sa Majesté, de voter un règlement visant à céder ces terres à l'Empereur des Français. Mais le président de la Cour de Sainte-Hélène n'était pas de cet avis. Il considéra la cession illégale et contraire au droit public anglais. Cependant, les seuls remerciements qu'il reçut pour sa peine concernaient l'expression « sans réserve » de son point de vue. Les actes de cession furent dûment dressés et l'ordonnance nécessaire fut promulguée.

 
« Ordinance to vest the absolute property of and in certain Lands situated in the Island of St. Helena in His Majesty the Emperor of the French and His Heirs » - datée du 18 mars 1858 - 0,33 x 0,203. Ce document est accompagné d’une lettre signée Pennell – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
« Ordinance to vest the absolute property of and in certain Lands situated in the Island of St. Helena in His Majesty the Emperor of the French and His Heirs » - datée du 18 mars 1858 - 0,33 x 0,203. Ce document est accompagné d’une lettre signée Pennell – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 

“plan of the domain of Napoleon Vale” attaché au document “N°3 - Indenture of Sale from Stephen Fraser Pritchard for £1600 - Napolens Vale” – document joint au bordereau “31st July 1858 - Colonial Secretary's Office” – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
“plan of the domain of Napoleon Vale” attaché au document “N°3 - Indenture of Sale from Stephen Fraser Pritchard for £1600 - Napolens Vale” – document joint au bordereau “31st July 1858 - Colonial Secretary's Office” – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 


 Le transfert fut confirmé en temps utile par un Ordre de la Reine au Conseil, signé étrangement par William Bathurst, et qui constitue l'unique ordonnance présente dans le Code de Sainte-Hélène, exception faite de celle abrogeant les Ordres au Conseil mentionnée précédemment. Localement, cette mesure fut impopulaire[1]. »


Indenture of Sale from Stephen Fraser Pritchard for £1600 - Napolens Vale” – document joint au bordereau “31st July 1858 - Colonial Secretary's Office” – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Indenture of Sale from Stephen Fraser Pritchard for £1600 - Napolens Vale” – document joint au bordereau “31st July 1858 - Colonial Secretary's Office” – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 


“Plan of Longwood Estate attaché au document N°4 - Surrender of Lease of Longwood Old House by Isaac Moss for £3500 – document joint au bordereau “31st July 1858 - Colonial Secretary's Office” – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
“Plan of Longwood Estate attaché au document N°4 - Surrender of Lease of Longwood Old House by Isaac Moss for £3500 – document joint au bordereau “31st July 1858 - Colonial Secretary's Office” – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 




  
Le premier conservateur des Domaines[2]
Le chef d'escadron Nicolas Martial Gauthier de Rougemont est le premier conservateur des Domaines avec le titre de commandant des Résidences impériales de Sainte-Hélène. Né le 27 septembre 1794, c’est un vieil officier qui a fait quarante campagnes, dont celle de Waterloo. Il rappelle sans cesse – à tort – dans son courrier[3] qu'il est le protégé du maréchal Vaillant[4], que son grand-père le baron Gauthier de Rougemont était échevin de Paris sous Louis XV et que le frère de sa mère, le baron Curto[5], mort général de division, était premier aide de camp du prince Borghèse. Il embarque à Southampton, le 5 avril 1858, sur paquebot Le Normand. Après un voyage de deux mois et demi qui a compris une longue escale au Cap, il arrive à Jamestown le 30 juin 1858 avec sa femme, son ordonnance et une femme de chambre.


1863 – le 10 février. Assis, à gauche, Gauthier de Rougemont dans les jardins de la Compagnie avec George Moss – Au centre, le capitaine de frégate, Pascalis commandant de « La Gironde » - (détail – photographie par Melliss & Lilley) – lire l’annexe à la fin de cette 3ème partie - (Sainte-Hélène, Archives des domaines français, collection iconographique)
1863 – le 10 février. Assis, à gauche, Gauthier de Rougemont dans les jardins de la Compagnie avec George Moss – Au centre, le capitaine de frégate, Pascalis commandant de « La Gironde » - (détail – photographie par Melliss & Lilley) – lire l’annexe à la fin de cette 3ème partie - (Sainte-Hélène, Archives des domaines français, collection iconographique)


Il se rend à Longwood le lendemain et il avoue sa surprise « qu’on ait eu l’audace de transformer cette maison en exploitation agricole[6] ». Dépité de devoir vivre dans un tel endroit, il remarque New House. D’emblée il est séduit. Il veut, à toutes forces, en faire sa demeure : que la France la loue ou l’achète, New House doit devenir la résidence officielle du commandant des Résidences impériales qu’il est. Il déploie tous les arguments possibles auprès de son ministère : il fait valoir que les appartements des généraux Montholon et Gourgaud officiellement prévus pour le logement du conservateur[7] sont pour longtemps inhabitables et que la situation idéale de New House, à proximité de Longwood lui permettrait d’être à même de superviser les travaux de restauration de la résidence de l’Empereur. Pour cela, il fait établir, en ayant bien soin de faire apparaître séparément ce qui se rapporte aux appartements de l’Empereur de ce qui concerne les appartements des généraux[8], un devis qui se monte à trois mille quatre cent vingt-six livres sterling.

 
Longwodd House 1859 - photographie provenant de John Melliss, ancienne collection Humphrey Solomon – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Longwodd House 1859 - photographie provenant de John Melliss, ancienne collection Humphrey Solomon – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 

Cette somme exorbitante n’étonne pas outre mesure le militaire qui a appris, entre temps, que le peu scrupuleux entrepreneur[9] entretient un nègre[10] chargé de mettre le feu aux maisons, dans le dessein de se procurer des travaux. Le 22 août 1858, il propose au ministre des Affaires étrangères de faire racheter par une Commission tous les meubles et les objets qui ont appartenu à l’Empereur. Il trouve des meubles, des bijoux, de la vaisselle chez les principales familles de l’île qui les ont achetés à la vente publique organisée quelques mois après la mort de Napoléon. Mais Paris, par une lettre de reproches initiée par le maréchal Vaillant, lui demande de s’en tenir uniquement à ses instructions et de bien se garder d’avoir ce genre d’initiative. Blessé dans son amour-propre, le commandant se drape dans sa dignité de vieux soldat en rappelant ses états de service. Il ne prendra plus aucune initiative.

 
Registres (trois) de la correspondance de Gauthier de Rougemont avec le Ministère des Affaires Étrangères – trouvés et achetés à une vente aux enchères à Beaufort West (South Africa) le 12 juin 2004
Registres (trois) de la correspondance de Gauthier de Rougemont avec le Ministère des Affaires Étrangères – trouvés et achetés à une vente aux enchères à Beaufort West (South Africa) le 12 juin 2004

Après quatre mois sur l’île, le 30 octobre 1858, il rend compte à Paris que  « bien que la main d’œuvre ne manque pas », il lui «  parait certain que les ouvriers du pays sont tellement incapables » que si le gouvernement français, faisait appel à eux, « l’habitation de Longwood et la vallée du Tombeau ne seraient pas relevées avant 6 ans ». Il précise, en outre, que « les travaux seraient très mal exécutés » car « ils [les ouvriers locaux] n’ont pas même un fil à plomb pour conserver la perpendicularité des murailles ».  Il préconise l’envoi d’  « un officier supérieur du génie et d’une compagnie d’ouvriers du génie pour terminer dans le plus bref délai possible ces travaux depuis si longtemps annoncés au monde entier ». Le 1er mars 1859, le capitaine Eugène François Masselin[11] accompagné de sa femme, le garde du Génie Jean-Claude Mareschal[12] et quatre sapeurs de la même arme[13] arrivent à Sainte-Hélène. Les deux officiers s’installent avec le commandant à New House et les quatre sapeurs habitent Longwood House. Avant de commencer les travaux, Masselin, qui maîtrise suffisamment l’anglais, met à jour les affaires – comme celle de la location de New House – que le commandant de Rougemont, qui ne parle pas la langue, ne parvient pas à régler.


 
“La Tombe, 1895” – auteur anonyme – 0,21 x 0,16 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
“La Tombe, 1895” – auteur anonyme – 0,21 x 0,16 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 

Le Capitaine Masselin est un homme habitué à faire avec ce dont il dispose. Il quitte Sainte-Hélène le 31 décembre 1860 après avoir, selon ses instructions, restauré les appartements de Napoléon et détruit ceux des généraux. Deux ans plus tard, il publie les détails de sa mission et nous confirme que …
… des renseignements précieux, recueillis du temps de Napoléon, et quelques faibles vestiges retrouvés sur les murs, ont permis de rendre aux cloisons, aux portes, aux fenêtres, aux plafonds et aux planchers, ainsi qu'à la cheminée de la chambre à coucher, les places qu'ils occupaient autrefois. Les deux grandes pièces ont reçu un papier de la même couleur que la mousseline tendue jadis sur leurs parois ; en sorte que l'aspect de cette maison, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, est en tout point celui qu'elle présentait avant 1827. […] Les deux maisons de l'Argenterie et de la Cuisine ont été relevées exactement sur leurs anciennes places, avec les mêmes dimensions ; la première a été couverte avec les tuiles provenant de la seconde, et celle-ci a été couverte en zinc, faute de tuiles[14].



la Tombe avant la restauration de 1858 - le caveau est encore ouvert. – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
la Tombe avant la restauration de 1858 - le caveau est encore ouvert. – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 


 Il nous précise aussi que, pour ce qui est des appartements des généraux,
[… ] le gouvernement français, éclairé sur ce que devait coûter la reconstruction de cette dernière partie des édifices, sur l'entretien qu'ils pourraient nécessiter par la suite, et sur la difficulté plus grande encore de faire venir des ouvriers de James-Town pour les réparations indispensables, prescrivit la démolition de ces bâtiments. On ne trouve plus à la place qu'ils occupaient autrefois que de l'herbe et quelques bordures.
Il oublie cependant de nous préciser que le Ministère des Affaires Étrangères avait simplement suivit les recommandations du Commandant Gauthier de Rougemont qui voulait que Paris prenne à sa charge la restauration et l’entretien de New House. Le conservateur achète des meubles[15] et décore l’intérieur de son château avec les objets qui lui ont été donnés – à titre personnel ? – par le Ministre d’État ou achetés à Paris[16]. A partir de cette date, plus rien ne sera fait pour Longwood House qui reste désespérément vide. Le 24 février 1861 – et alors que le capitaine Masselin n’a même pas encore réintégré son régiment[17] – Gauthier de Rougemont informe Paris que des brèches apparaissent déjà dans la muraille construite sans fondement « dans le but d’une économie louable à la vérité mais malentendu ».


 
Lucien Désiré Morilleau (1835-1907) photographié par John Isaac Lilley et George Whalley Melliss, 1862 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Lucien Désiré Morilleau (1835-1907) photographié par John Isaac Lilley et George Whalley Melliss, 1862 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 

Deux des quatre sapeurs qui ont accompagné le capitaine Masselin ont demandé à rester à Sainte-Hélène car ils veulent s’y marier et y fonder une famille. Cette demande d’autorisation de mariage tombe à point car le commandant veut pérenniser le statut militaire. Selon lui la garde des domaines doit toujours être confiée à des militaires. Il s’empresse donc de proposer que le sergent Lucien Morilleau devienne « sous-gardien » de Longwood Old House et que le caporal Auguste Moutardeau devienne « sous-gardien du Val Napoléon ». Paris accepte. Un accord est trouvé entre le ministère de la guerre et celui des Affaires étrangères pour que les deux hommes soient autorisés à être détachés au « service de la résidence impériale de Sainte-Hélène ». Ils doivent cependant quitter l’uniforme de militaire du génie pour celui de leur nouvelle fonction.


Jean-Auguste Moutardeau, le sapeur de Génie enployé à la garde de la Tombe photographié par John Isaac Lilley, 1863 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Jean-Auguste Moutardeau, le sapeur de Génie enployé à la garde de la Tombe photographié par John Isaac Lilley, 1863 – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 

Gauthier de Rougemont s’en remet complètement aux deux hommes pour le fonctionnement courant des domaines qu’il ne visite qu’occasionnellement. Après une intervention de Paris auprès du ministère de la Guerre britannique, la petite colonie militaire française peut, à partir du mois de février 1860, bénéficier des mêmes traitements[18] que les garnisons basées sur l’île. Disposant sous ses ordres de deux militaires du Génie qui assurent les fonctions de gardiens de Longwood House et du domaine de la Tombe, le Commandant de Rougemont ne s’intéresse vraiment qu’à Longwood New House pour laquelle il consacre quatre-vingt-dix pour cent des crédits alloués à l’entretien de l’ensemble des domaines. Il y organise tous les lundis des messes dans sa chapelle où il reçoit chaque semaine cinquante soldats catholiques du Camp de Deadwood[19]. Il y célèbre un service funèbre le 5 Mai pour commémorer la mort de Napoléon 1er, le 15 Août c’est un Te Deum en l’honneur de la fête de Napoléon III et le 24 Mai, fête de la Reine Victoria, les pavillons anglais et français flottent à New House. Il reçoit les personnalités et les officiers français et étrangers de passage sur l’île qui visitent la maison de l’Empereur et qu’il héberge au besoin. On lui envoie de Paris des chevaux et M. Tructin, un dragon d’ordonnance[20] pour s’occuper de son attelage sur l’île[21].


Sceau en creux du Second Empire « Gardien et conservateur du Tombeau de Ste Hélène » - 0,036 de diamètre x 0,12 H – fonte et bois – Collection des domaines français de Sainte-Hélène

Sceau en creux du Second Empire « Gardien et conservateur du Tombeau de Ste Hélène » - 0,036 de diamètre x 0,12 H – fonte et bois – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Sceau en creux du Second Empire « Gardien et conservateur du Tombeau de Ste Hélène » - 0,036 de diamètre x 0,12 H – fonte et bois – Collection des domaines français de Sainte-Hélène 

Gauthier de Rougemont devient un personnage public de première importance éclipsant souvent George Moss qui, pour le compte de la compagnie Solomon, est pourtant officiellement le vice-consul de France. Cette séparation des fonctions de conservateur et de représentant diplomatique ne va pas sans frictions : Gauthier de Rougemont se plaint sans cesse de ce que le vice-consul tarde toujours à régler ses factures, qu’il le tient à l’écart des mondanités et des fonctions officielles et qu’il ne le tient pas informé des activités de l’île. C’est ainsi que lors de la visite du Prince Alfred, le 29 septembre 1860, le vice-consul oubliera tout simplement de l’avertir et le commandant ne sera prévenu que dix minutes avant l’arrivée du Prince par le colonel commandant les troupes de l’île. Le conservateur arrive néanmoins à temps, en tenue de la maison militaire de l’Empereur, à l’entrée du domaine impérial de Longwood tout juste restauré pour y recevoir Son Altesse Royale et son État-major. La maison est vide mais en parfait état de conservation. Ce jour-là, « le temps est beau et permet de voir au loin ». Après avoir apposé son nom sur le registre ainsi que le Gouverneur et les officiers supérieurs, la visite du prince se poursuit à New House où flottaient les pavillons alliés d’Angleterre et de France et où le fils de Sa Gracieuse Majesté lui fait l’honneur insigne d’accepter un modeste déjeuner impromptu. Tous ces hauts personnages admirent – surpris par le contraste de la richesse des collections de la résidence du conservateur avec le vide des appartements de l’Empereur – les grands tableaux du 1er Empire[22]. Le Prince reprend ensuite la route de James-Town pour s’arrêter « à la Vallée du Tombeau pour l’examiner ».  

Sceau du second Empire « Gardien et conservateur du tombeau de Ste Hélène » transformé localement, après 1871, en « Conservateur du tombeau de Ste Hélène » - le mot « Gardien » se référant à un titre de l’Empire a été retiré ainsi que l’écusson impérial - 0,037 de diamètre x 0,065 H – fonte et bois – Collection des domaines français de Sainte-Hélène
Sceau du second Empire « Gardien et conservateur du tombeau de Ste Hélène » transformé localement, après 1871, en « Conservateur du tombeau de Ste Hélène » - le mot « Gardien » se référant à un titre de l’Empire a été retiré ainsi que l’écusson impérial - 0,037 de diamètre x 0,065 H – fonte et bois – Collection des domaines français de Sainte-Hélène


Mais bien plus que du vide des pièces des appartements de Napoléon, les visiteurs français et étrangers s’étonnent de la démolition de ce qu’il est convenu d’appeler les appartements des généraux. Le choix de louer et d’entretenir Longwood New House est perçu comme saugrenu. Le commandant n’a pas d’autre choix que de reporter à Paris …
… que les passagers de tous rangs et de toutes nations et particulièrement les officiers supérieurs et officiers de la Marine impériale voient avec peine que les pavillons Gourgaud, Montholon, la chambre de l’officier Anglais de garde, ainsi que la dernière demeure du Comte Las Cases et de son fils ont été rasés.
Et de rajouter qu’il ne peut …
… confier au papier la nature des réflexions qu’inspire cette mesure, de louable économie il est vrai, mais mal entendue prétendent tous ces Messieurs en m’observant que les demeures des illustres compagnons d’exil de l’Empereur eussent dû rester debout non seulement par respect pour le dévouement et l’attachement que ces dignes généraux avaient conservé à leur bienfaiteur ! mais encore parce que ces pavillons appartenaient à l’histoire !!! Bien que j’aie toujours émis l’avis, lors des travaux, que ces habitations historiques devaient être respectées, néanmoins je m’abstiens de répondre aux réflexions de passagers sur ce sujet[23].
Même le gouverneur de la colonie l’amiral Elliott, quatre ans plus tard, demandera à de Rougemont de faire des efforts auprès de son administration pour obtenir qu’on relève à …
… Longwood Old House, les pavillons Gourgaud et Montholon, dans le but non seulement d’en faire le logement de l’officier supérieur français conservateur des Domaines Impériaux, mais encore, pour faire cesser toutes les conversations déplorables des passagers de tous rangs et de toutes nations sur la disparition de ces monuments qui appartenaient à l’Histoire, et qui furent malheureusement rasés par suite d’une économie mal entendue.


Le 23 janvier 1867, le commandant remet les clés de New House au vice-consul de France, George Moss et, après un séjour de près de neuf ans, part en congé en France. Il affronte une tempête de deux semaines qui ébranle gravement sa santé. Il débarque à Boulogne où il a « l’inattention de rester sur le port. Sensible au froid[24] », il tombe malade et meurt quelques semaines après son retour à Sèvres. Il est enterré au cimetière de Montmartre dans le caveau où, quelques jours avant, il avait lui-même déposé le corps de son fils né et mort à Sainte-Hélène et qu’il avait gardé dans sa chapelle pendant sept ans.
Après la chute de l'Empire, Longwood House cesse d'être une résidence impériale et la République reconnaît les « Domaines français de Sainte-Hélène » qui font l'objet d'inscriptions au Tableau général des propriétés de l'état.


 
De l’Empire à la République… sceau de cire des domaines Impériaux de Sainte-Hélène et celui du consulat de France à Sainte-Hélène …
De l’Empire à la République… sceau de cire des domaines Impériaux de Sainte-Hélène et celui du consulat de France à Sainte-Hélène … 
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Annexe : dépêche du commandant Gauthier de Rougemont – parfaite illustration des occupations quotidiennes du premier conservateur des domaines. Nous l’avons recopiée « in texto », avec toutes ses erreurs d'abréviations, de grammaire, d'orthographe et de syntaxe. Désolé pour les puristes et les perfectionnistes de la langue française... 


Ministère des Affaires Étrangères
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Cabinet du Ministre
_________________
Le commandt de Rougemont rend compte au Ministre du passage de plusieurs navires de guerre Français à Ste- Hélène
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N°223
Longwood (Ile Ste Hélène) ce 26 février 1863
Monsieur le Ministre,
Ainsi que j’ai eu l’honneur d’en rendre compte sommairement à V : Ex. par ma dépêche du 25 janvier dernier sous le n°219, le bâtiment de guerre Français le Calvados, commandé par Mr le Capne de fte Riche à jeté l’ancre sur la rade de James-Town dans la matinée du 24. Le même jour j’ai reçu la visite de Mr le Commandt de ce bâtiment et je l’ai accompagné dans les appartemens de l’Empereur à Old House, ainsi que Mr l’évêque de la colonie et sa famille que j’avais reçus chez moi quelques instants après le départ du colonel.
Le 25, j’ai eu l’honneur d’avoir à diner Mr le Vice-Consul de France et Mr le Capne de frégate Riche. Les pèlerinages de cet équipage, au Val Napoléon et à l’ex-habitation de l’illustre captif, ont eu lieu les 25 et 26 en deux promenades militaires à cause des réparations à faire au Calvados.
Le 26, j’ai reçu la visite de plusieurs officiers du bord et le 27 j’ai eu l’honneur de me rendre à l’invitation à déjeuner du Commandt Riche et auquel assistait le Vice-Consul de France et plusieurs dames ; le 28 et le 29 j’ai reçu à new-house la visite des officiers du Calvados retenus jusque là à bord pour le service.
Mr W. Wilde, grand juge de la Cours Suprême de la Colonie rentrant en Europe à bord de ce bâtiment, après un séjour de 27 années dans cette île où il laisse d’amers regrets, emportant l’estime générale, a donné un déjeuner à Son domicile à James-Town, à ses amis au nombre desquels je suis assez heureux de compter ; les officiers de la garnison et une grande partie des habitans de la ville et de la campagne nous ont accompagnés jusqu’à l’embarquement et là de touchants adieux ont témoigné au grand juge combien son départ laissait un grand vide dans Ste-Hélène.
Mr W. Wilde par sa haute position faisait partie de la commission avec le Mal Cte Bertrand et Gourgaud etc. qui assistaient à l’exhumation des restes mortels du Grand homme ; j’étais intimement lié avec le Grand Juge ; le même jour ce bâtiment a mis à la voile pour Cherbourg.
Le 31, j’apprends que le brick Français, le Cassini venant de Valparaiso et des mers du Sud est mouillé de la veille sur la rade de James-Town.
le 4, je reçois les visites de Mr le Capne de frégate Lejeune Commandt de ce navire et de Mr le Vice Consul de France après les compliments d’usage, je me suis empressé d’offrir à ces M. M. d’aller avec eux à l’ex-habitation du grand Capitaine.
Un triste événement a lieu à bord du Cassini : Mr Brunereau, chirurgien-Major de 1ère Classe, âgé de 41 ans expire dans la journée du 5.
Le 6 à 5 heures du soir ont lieu les funérailles de Mr Brunereau au cimetière de Plantation House, au milieu d’un cortège digne de ce chirurgien major ; un détachement de cent hommes du Régiment Royal de Ste-Hélène, précédé de la musique du même corps ; plusieurs officiers Anglais de toutes armes, M. M. les officiers de la marine Imple du brick le Cassini et tout l’équipage ayant en tête Mr le Commandt Lejeune et Mr G. Moss, Vice-Consul de France, ainsi que plusieurs personnes de distinction de l’île accompagnaient cet officier Français à sa dernière demeure ; je me suis fait un devoir de me joindre à M. le Commandt du Cassini et mes deux s. officiers sous-gardiens se sont joints également aux s. officiers de l’équipage. Tous trois nous avons pris la tenue des palais Impériaux pour assister à cette cérémonie.
Le 7 j’ai eu l’honneur de recevoir la visite de Mr Gérard Consul des États-Unis d’Amérique et de Mr Williams Commandt le bâtiment de guerre américain « Ins », ainsi que celle du chirurgien de ce bord, Mr le docteur Mitchell. Après avoir visité Old house ces M. M. sont remontés en calèche pour se rendre chez le Gouverneur à Plantation.
On m’annonce un bâtiment de guerre Français en vue, c’est la Gironde venant des mers de Chine.
Le 8 j’ai reçu la visite d’officiers du bord du Cassini.
Le 9 une messe militaire à laquelle devait assister une partie de l’équipage du Cassini et de la Gironde n’a pu être célébrée qu’en présence des assistans ordinaires du camp anglais de Deadwood par suite d’un malentendu dans la transmission des dépêches.
Le 10 j’avais fait hisser les pavillons Anglais et Français devant la façade de new-house Longwood et la messe militaire a eu lieu dans ma grande salle comme à l’ordinaire ; Mr les Commandants Lejeune du Cassini et Pascalis de la Gironde plusieurs officiers des deux bords, ainsi qu’une grande partie de ces équipages. Quarante matelots du Cassini qui chantent parfaitement en cœur, grâce aux leçons continuelles dans les traversées de leur commandant excellent musicien, ont chanté des hymnes pendant la messe [illisible] puis les airs Reine Victoria et reine Hortense. M. M. les officiers Anglais qui y assistaient aussi ont été touchés de ce témoignage de sympathie ; Mr Laurent, prêtre Français qui a officié a prononcé un sermon remarquable dans lequel il a retracé les vertus de l’Empereur Napoléon 1er qui a rétabli la religion Catholique après la Révolution de 93. Ce sermon est vraiment trop long pour le rapporter ici.
Dès que j’ai eu connaissance de l’arrivée de la colonne je me suis empressé d’écrire à Mr le Capne Fane, Commandt le Camps Anglais de Deadwood pour l’informer que la messe avait lieu à 11 heures mais comme il restait que peu d’instants pour rassembler les hommes et les conduire en ordre à new-house, ce Commandt m’a fait part de son regret de ne pouvoir y assister ainsi que les soldats catholiques de sa Compagnie.
Le premier pèlerinage d’une partie des équipages de ces deux bâtimens de guerre conduit en ordre par des officiers avait eu lieu de bonne heure dans cette matinée, et le Chœur de matelots du Cassini avait chanté une hymne et le De profundis sur la Tombe de l’illustre guerrier. Ces pèlerinages et les suivants se sont passés dans un grand recueillement. A l’issue de cette messe militaire à laquelle assistaient mes deux gardiens en tenue réglementaire, les équipages se sont rendus à l’habitation de l’Empereur avec une impression qui témoigne du culte religieux que les armées conservent pour Napoléon.
J’ai eu l’honneur ensuite d’offrir un déjeuner dinatoire à M. M. les Capnes de frégate Lejeune et Pascalis et Mr l’abbé Français Laurent, des toasts de circonstance ont été portés, les matelots chanteurs ont chanté les victoires de nap III etc. pendant ce repas tous ces Messieurs les officiers des deux bords qui avaient fait porter leur déjeuner de bonne heure à la vallée du Tombeau sont restés à fumer sur la vérandah, pendant le nôtre.
Le 11, je me suis rendu au Val Napoléon, pour y recevoir encore des pèlerinages, Mr l’abbé Laurent y avait dit des prières.
Le 12, je suis monté à cheval pour aller rendre mes visites à M. M. les officiers de la Gironde et du Cassini, un grand déjeuner a eu lieu à bord de ce brick et auquel assistait le Cne de frégate Pascalis, le Vice Consul de France et plusieurs officiers. Le même jour est arrivé en rade un bâtiment de guerre hollandais Soembing (Corvette) commandé par Mr J. N. Slegt.
Dans la matinée du 13, j’ai reçu la visite de Mr l’abbé Laurent et avant son départ pour la ville, je lui ai remis quelques reliques pour les officiers de la Gironde et du Cassini.
Le 14, pendant que j’étais à Briars avec ma petite famille chez le Vice-consul de France, j’ai reçu la visite du Gouverneur de Ste-Hélène qui était accompagné par un officier d’artillerie et des officiers du bâtiment de guerre Hollandais. la Gironde a mis à la voile le même jour sur Cherbourg.
Le 15 M. le Cne de Fte lejeune et Mr Lieutenant Commissaire du bord sont venus passer la journée du dimanche avec moi et m’ont annoncé l’arrivée de la Corvette Française la Bayonnaise.
Le 16, le « Cassini » a fait voile sur Toulon.
Le 16 après la messe militaire du Lundi j’ai reçu la visite de Mr le Capne de Vaisseau Mallet Commandt la Corvette la « Bayonnaise » venant des mers du Sud et de deux officiers du même bord ; après avoir accompagné ces Messieurs dans les appartemens de l’Empereur et de retour chez moi, j’ai prié Mr le Capne de Veau Mallet de me faire l’honneur de diner avec moi le même jour ou le lendemain ; mais très pressé de remettre à la voile et ayant beaucoup à faire, il lui a été impossible d’accepter. Cet officier supérieur en retour m’avait prié de venir déjeuner avec lui à son bord le 17, mais ma jument se trouvant déferrée de deux pieds et le maréchal de la ferme de Longwood n’étant libre qu’à 6 heures du soir, j’ai été forcé d’écrire à Mr le Colonel Mallet que par suite de cet incident, je serais privé à mon grand regret d’aller lui faire ma visite ainsi qu’à M. M. les officiers et répondre à sa gracieuse invitation.
J’ai reçu le 17 plusieurs visites des officiers de la Bayonnaise ; en raison des réparations du bord, les pèlerinages ont lieu en trois détachemens, dans le plus grand ordre et toujours sans armes ; cette corvette a mis à la voile le 18 pour Cherbourg.
Les deux domaines Impériaux se trouvent dans des lieux entièrement isolés, très loin de toute habitation et les cris de vive l’Empereur 1er et Napoléon III se prononcent en famille ; aussi sur la prière de ces braves marins, je leur ai fait distribuer par mes deux s. Offrs sous-gardiens, des fleurs qu’ils emportent avec bonheur à leurs vieux pères, généralement vétérans du 1er Empire.
J’ai remis à M. M. les officiers de tous ces bâtimens quelques morceaux du saule qui ombrage l’ex-tombe de Napoléon 1er et que j’ai soins de recueillir moi-même lorsqu’on élague cet arbre tous les ans, pour en offrir à mes compatriotes(X).
Les pèlerinages, dont l’exemple a été donné par les régiments Anglais, musique en tête (venant des Indes) à notre Marine Impériale qui n’osait pas jusqu’alors faire cette démonstration, mais que le Gouverneur approuve ont un triple but :
1er promenade militaire en ordre pour la santé des hommes après une longue traversée.
2e pour rendre hommage à la mémoire du Grand Capitaine en se rendant en pèlerinage au Val Napoléon.
3e parce que l’expérience a malheureusement démontré qu’en laissant venir les soldats et les marins isolément, il en résultait des scènes de désordre au retour sur la route et en ville, par l’abus du vin du Cap si dangereux et souvent ces incidents retardaient le départ des navires de toutes nations.
Quant aux pèlerinages des troupes passagères et marins, je suis heureux d’assurer V : Ex : qu’ils ont lieu non seulement en ordre de colonne mais encore en silence et avec un empressement admirable de visiter les lieux sacrés !!.
je suis avec un profond respect etc.






[1] R. Kitching, Premier Secrétaire du Gouvernement – texte traduit par Michel Dancoisne-Martineau, inédit.
[2] Texte publié en 2005, chez Fayard, dans l’ouvrage « Sainte-Hélène, île de Mémoire
[3] Sa correspondance mériterait d’être transcrite car elle est – en plus des informations concernant les domaines – riche en détails sur la vie à Sainte-Hélène durant la période 1858-1867.
[4] Le comte Vaillant, maréchal de France, alors ministre de la Guerre.
[5] Dont le corps repose aujourd’hui dans le caveau de famille des Gauthier de Rougemont au Cimetière de Montmartre.
[6] Lettre au Ministère des Affaires Étrangères du 24 juillet 1858.
[7] Le projet initial du Ministère des Affaires Étrangères est de restaurer l’ensemble de Longwood House afin de pouvoir utiliser les appartements des compagnons de Napoléon comme résidence pour la mission française.
[8] Il désigne les appartements des généraux par le terme Pavillon Montholon.
[9] Une fois de plus, nous ne sommes pas surpris d’apprendre qu’il s’agit de l’entreprise Solomon!
[10] Son employé n’est mentionné dans les archives que sous cette appellation.
[11] Né 31 août 1825 à Paris il meurt le 4 décembre 1903 à Paris.
[12] Mareschal né le 8 décembre 1816. Major dans le 3° régiment du génie (Metz) il est affecté au dépôt des fortifications à Paris lorsqu’il apprend qu’il fait partie de la mission du capitaine Masselin.
[13] Ils appartiennent tous au 3° régiment du génie basé à Metz. Morilleau et Moutardeau dont nous parlerons plus loin font partie de ces hommes.
[14] Archives des Domaines français de Sainte-Hélène
[15] Nous pouvons regretter ici que le conservateur se soit contenté d’acheter des meubles à la mode du jour sans tenter d’acquérir ceux de Longwood House en 1821 qu’il aurait pu avoir pour presque rien.
[16] En autres objets, nous avons trouvé trace d’un buste en albâtre de Napoléon 1er d’après Chaudet, de bustes en plâtre de Napoléon III et de l’Impératrice Eugénie, de portraits en pied de Napoléon III et d’Eugénie d’après Winterhalter, de miroirs de plâtre doré et de candélabres en bronze doré surmontés d’un aigle avec trois lances. Son successeur, Mareschal, regrettait déjà en 1868 que ces objets aient été remportés par le commandant lors de son retour en France. En fait il faudrait rajouter dans cette rapine le nom de Solomon et Moss qui quelques années plus tard feront cadeau d’un de ces articles prélevés.
[17] Et à plus forte raison, pas encore publié son livre.
[18] Il s’agit surtout des rations et des approvisionnements obtenus à un coût moins élevé que pour les civils.
[19] Les services sont assurés en un premier temps par l’aumônier McCarthy puis par l’aumônier Browne.
[20] Accompagné d’une amie avec laquelle il se mariera après avoir obtenu l’autorisation de son régiment.
[21] Dragon Tructin. (3e régiment du Dragon à Verdun).
[22] ... et particulièrement devant celui qui représente les derniers moments de l’Empereur demandant avec intérêt les noms de ses Compagnons d’Exil. ils ont admiré aussi les portraits de S. M. Napoléon III et de S. M. l’Impératrice (d’après Winterhalter) ainsi que les bustes de L. L. M. M. et celui de Napoléon 1er (d’après Chaudet). Précision apportée par Gauthier de Rougemont dans un rapport du 5 octobre 1860. Cette collection a été emportée partiellement par le conservateur et la famille Solomon et Moss s’étant approprié le reste.
[23] Rapport du conservateur au Ministère des Affaires Étrangères du 15 mars 1863.
[24] Dernière lettre de Gauthier de Rougemont au Ministère des Affaires Étrangères du 24 juin 1867.

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