Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

lundi 26 juin 2017

Sainte-Hélène entre en Résistance

extrait du site http://www.france-libre.net/saint-helene/ par By Sylvain CORNIL


Le Domaine français de Sainte-Hélène

Un souffle de Sainte-Hélène – outré par capitulation sans conditions – Suis à votre disposition – Conservateur au Domaine français de Sainte-Hélène.
COLIN

Télégramme de Georges Colin adressé au général de Gaulle, le 23 juin 1940 (RFL).

C’est dans ces termes que, le 23 juin 1940, M. Georges Colin télégraphiait à Londres au général de Gaulle.
En 1942, sur sa proposition du 14 mai, le Comité national l’administration des Domaines – les frais et l’entretien du domaine français de Sainte-Hélène, ce qui donna lieu aux échanges de communications rappelées ci-dessous :


N° 257 The Castle
Sainte-Hélène 12 septembre 1942

 Monsieur,

Je suis chargé par le Gouverneur de vous communiquer ci-dessous les extraits d’un télégramme reçu du secrétaire d’État.
Le Foreign Office ne fait aucune objection à ce que la France Combattante assume la responsabilité financière de l’entretien du domaine français de Sainte-Hélène. Il estime que la France Combattante en retirera un prestige considérable et il estime que ce changement n’affectera en rien la situation de ce domaine français de Londres décida d’assumer – au lieu et place de La France Combattante envisage que M. Colin rallie l’Angleterre et que Mme Colin resterait à Sainte-Hélène pour prendre en charge le domaine.
Estimez-vous que ce soit satisfaisant, sous la condition que la France Combattante garantisse le maintien de Mme Colin à Sainte-Hélène.
Suivant la conversation que Son Excellence a eue avec vous, elle se propose d’informer le secrétaire d’État qu’elle est d’accord avec cette proposition.
Son Excellence n’a pas l’intention de rendre publique cette décision, avant qu’elle n’ait été annoncée à Londres.

En transmettant ce texte, le lendemain 13 septembre, M. Colin, âgé de 60 ans, ajoutait :
Je me permets encore de renouveler mes demandes précédentes de servir la France Combattante en Afrique équatoriale.
Je ne pourrais pas rejoindre le mouvement de la France Combattante en Angleterre, ainsi que l’indique le câble adressé au Gouverneur, car j’ai passé un seul hiver en France – sans succès d’ailleurs – depuis vingt-trois ans.
Je désirerais partir directement en Afrique équatoriale française par le Sud-Afrique (voie la plus directe de nombreux cargos faisant le service Cape-Town, Pointe-Noire, etc.).
Je vous signale à toutes fins utiles que pendant la dernière guerre, le premier gardien a assuré l’entretien et la surveillance des deux domaines pendant deux ans ; j’ai dressé le deuxième gardien à la lutte anti-termite dans la vieille maison de l’Empereur qui demande une surveillance incessante.
Sous le contrôle de Mme Colin, l’entretien et le gardiennage du musée des domaines seraient assurés, Mme Colin pourrait effectuer les paiements et envoyer régulièrement chaque trimestre les états et pièces de dépenses dont j’ai toujours assuré le paiement à l’avance.
Ci-joint les pièces de dépenses des 2e et 3e trimestres 1942. En ce qui concerne leur remboursement, vous pouvez l’effectuer au trésorier-payeur du gouvernement de Sainte-Hélène par le Colonial Office.
J’attends vos instructions pour savoir si je dois informer Vichy du passage des domaines français sous votre autorité avec l’assentiment des autorités britanniques.
Mon traitement a été payé jusqu’à fin avril par la Légation de Pretoria, ainsi que le 1er trimestre de l’entretien et du gardiennage des domaines.
Si de l’argent me parvenait de Vichy, je le mettrais en dépôt à la Trésorerie de l’île.
G. COLIN

Le lendemain 14 septembre 1942, M. Colin écrivait à Son Excellence le Gouverneur de Sainte-Hélène pour lui préciser que :

Mme Colin ne pourra assurer et contrôler l’entretien et le gardiennage des deux domaines qu’avec les deux gardiens : le premier depuis quarante-cinq ans au service des Domaines, le deuxième depuis seize ans, et d’un aide-jardinier qui travaille depuis quatre ans. Les deux gardiens ont chacun un jardin dans les domaines, qu’ils cultivent et où ils récoltent les légumes pour leur famille ; l’aide-jardinier travaille un jour par semaine dans son jardin…
Mais quelques semaines plus tard, Mme Colin décédait et M. Colin dut renoncer à ses projets de rallier l’A.E.F. Il demeura à Sainte-Hélène pour assumer au nom de la France Libre, l’entretien du domaine français.


Extrait de la Revue de la France Libre, n° 126, juin 1960.


Un exil.... dans la paresse et la gaieté au Cap

L’absurde mission du commissaire prussien...

Afin de prendre « les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de la part de Napoléon Bonaparte contre le repos de l'Europe », le 2 août 1815, à Paris, un traité entre la Grande-Bretagne et l'Autriche, la Grande-Bretagne, la Russie et la Prusse fut signé.

CONVENTION ENTRE LA GRANDE-BRETAGNE, L’AUTRICHE, LA RUSSIE ET LA PRUSSE.

Le 2 août 1815, la convention suivante entre la Grande Bretagne, l'Autriche, la Russie et la Prusse, touchant
Bonaparte, fut signée à Paris :
« Napoléon Bonaparte étant au pouvoir des souverains alliés, LL. MM. le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande, l'empereur d'Autriche, l'empereur de Russie et le roi de Prusse ont statué, en vertu des stipulations du traité du 25 mars 1815, sur les mesures les plus propres à rendre impossible toute entreprise de sa part contre le repos de l'Europe :
» ARTICLE PREMIER. Napoléon est considéré par les puissances qui ont signé le traité du 25 mars dernier comme
leur prisonnier.
» ART. 2. Sa garde est spécialement confiée au gouvernement britannique.
» Le choix de la place et des mesures qui peuvent le mieux assurer l'objet de la présente stipulation est réservé
à Sa Majesté Britannique.
» ART. 3. Les cours impériales d'Autriche et de Russie et la cour royale de Prusse nommeront des commissaires
pour se rendre et habiter dans la place que le gouvernement britannique aura assignée pour la résidence de Napoléon Bonaparte, et qui, sans être responsables de sa garde, s'assureront de sa présence.
» ART. 4. Sa Majesté Très-Chrétienne est invitée, au nom des quatre cours ci-dessus mentionnées, à envoyer pareillement un commissaire français au lieu de la détention de Napoléon Bonaparte.
» ART. 5. Sa Majesté, le roi du Royaume-Uni de la Grande-Bretagne et de l'Irlande s'oblige à remplir les engagements qui lui sont assignés par la présente convention.
» ART. 6. La présente convention sera ratifiée, et la ratification en sera échangée dans quinze jours, ou plus tôt,
s'il est possible.
» En foi de quoi les plénipotentiaires respectifs ont signé la présente convention, et y ont apposé le sceau de
leurs armes.

Fait à Paris, le 2 août de l'année 1815.
» Signé : Le prince DE METTERNICH,
Le comte DE NESSELRODE,
Lord ABERDEEN,
Le prince HARDENBERG. »

Après différentes nominations avortées, ces quatre nations communiquèrent les noms de leurs « Commissaires » à Sainte-Hélène.
Pour la France, ce fut Montchenu ; pour la Russie Alexandre [Antonovitch] Ramsay de Balmain ; pour l’Autriche, Barthélémy Stürmer et enfin, pour la Prusse, Johannes Ludwig Léopold Mund 

Les trois premiers commissaires arrivèrent à Sainte-Hélène le 17 juin 1816 à bord du Newcastle : le comte de Balmain, pour la Russie voyagea seul ; le baron Stürmer pour l'Autriche fut accompagné de son épouse et de Philippe Welle, un botaniste, et le marquis de Montchenu, pour la France, avec le capitaine Gors, son aide de camp. 

Quant au dernier, le Prussien, faute de place à bord du Newcastle, il resta en rade en Grande Bretagne avec son secrétaire-botaniste Louis Maire. Londres s’excusa en ces termes: « Il regrette bien sincèrement de n’avoir pu remplir, pour le moment, les intentions de Sa Majesté le roi de Prusse à l’égard de ces messieurs »

Passionné de botanique dont c’était d’ailleurs le métier, Johannes Mund exprima alors le désir d’aller à Sainte-Hélène avec son adjoint en passant par le Cap de Bonne-Espérance où ils pourraient faire des recherches scientifiques avant d’embarquer pour Sainte-Hélène. La cour de Berlin accepta « que ces Messieurs se rendissent de Sainte-Hélène par le cap de Bonne-Espérance ».

Les deux botanistes arrivèrent donc au Cap de Bonne-Espérance au mois d’août 1816 en ne devaient y passer qu’une seule année. Toutefois, les deux hommes se plurent tant en Afrique du sud qu’ils oublièrent leur mission de Commissaire du Roi de Prusse à Sainte-Hélène dont ils touchaient cependant les émoluments.

Ce ne fut qu’à la fin de 1818 que la cour de Prusse commença à s’interroger sur ces diplomates d’un genre un peu particulier… par l’entremise du Gouverneur de la Colonie du Cap, Lord Somerset, on parvint à les retrouver (grâce, précisément aux versements de leurs salaires que la banque Rothschild à Paris leur envoyait). Ils demandèrent – et obtinrent – quelques mois de plus en Afrique du sud pour accomplir leur mission botanique.  
Ils réussirent le tour de force de repousser sans cesse leur départ pour Sainte-Hélène en « oubliant » même d’envoyer à Berlin les résultats de leurs recherches sud-africaines et autres collectes d’échantillons et herbiers. Ce ne fut cependant qu’en 1821, avec la mort de Napoléon, que la cour de Berlin rompit leurs contrats.  

En attendant, les deux hommes auront bien profité des cinq années d’exil de Napoléon à Sainte-Hélène : George Thom, dans ses descriptions de la Colonie sud-africaine, va même jusqu’à nous dire que « les collectionneurs de la Prusse passent leur temps dans la paresse et la gaieté au Cap, et sont désormais tombés encore plus bas que tout autre colon ».


Protea Mundii

Mieux encore, les deux hommes resteront dans l’histoire en donnant leurs noms à des plantes.
Mund pour Protea mundii, Helichrysum mundtii, Bupleurum mundtii, Scolopia mundii, Thaminophyllum mundii, Leucospermum mundii, Otholobium mundianum, Phoberos mundii and Afrocanthium mundianum.

Et Louis Maire qui s'était instalé à Graaff-Reinet, pour trois espèces d’asters qui, depuis, ont étaient débaptisées zyrphelis. 

dimanche 25 juin 2017

Longwood House, premier soir d'hiver.

L'hiver arrive à Longwood... 





Il y a deux cents ans... des fleurs jaunes.

Avec l’hiver qui arrive, le jaune des fleurs devient la couleur dominante sur le plateau de Longwood.






Les gerberas qui recouvrent désormais les plates-bandes de Longwood House avaient été introduite en 1819… et provenaient du Cap.   

Vue du plateau de Longwood depuis Mulberry's Gut


Cet après-midi, je suis allé me promener dans la vallée sise à l’est de Longwood House nommée Mulberry. Le plateau était recouvert des immortelles dont les graines avaient été envoyées, avec des pots de confitures et autres « douceurs », livres et journaux, à Madame Bertrand par Mesdames Holland et Jerningham en 1817. 

vendredi 23 juin 2017

il y deux cents ans... les enfants français nés en exil

les enfants nés à Sainte-Hélène de parents français : 





Texte original recopopié pour les archives du Gouverneur Sir Hudson Lowe

Dear Gorrequer,

As far as I can assertain, I answer your questions as follows –

Countess Bertrands Child Born   17 Jany 1817
Countess Montholon Child Born   19th June 1816
Jeannette                         Child Born   2nd June 1817
Countess Bertrands nurse Mrs. Dixon – here about a Fortnight before here confinement.

Madame Montholon had a wet nurse Mrs. Murray, a Mulatte woman a few days after her confinement. Chinaman came here 12th or 13th May – lives with his Bretheren under the Hill receives nothing from the House.

Yours ever
(Signed) T. Poppleton

23rd June 1817

Longwood

vendredi 2 juin 2017

Pièces commémorative 2013 "The Napoleonic Wars"

Lors de mon dernier passage en France, Yves Lorent a eu la gentillesse et la générosité de m’envoyer une pièce commémorative britannique de 2013 représentant Longwood House et une scène de vie de l’Empereur aux Briars.




Paradoxalement, ces pièces commémoratives émises en Angleterre qui ont pour thème Sainte-Hélène sont introuvables sur l’île.



Merci Yves pour cette délicate attention. 

mercredi 31 mai 2017

Il y a deux cents ans.... une armée sur pied, pour intimider la canaille





Texte original recopopié pour les archives du Gouverneur Sir Hudson Lowe

31st May 1816.

We observed that we considered it necessary not to yield too much to the People, nor as if it had been done by fear, that a parliamentary reform we thought one of the most dangerous thing would be consented to – once grant that, We said and God knows how far things may go on perhaps to a revolution.  Perhaps it was necessary that the Habeas Corpus Suspicion Act[1] might be required at a time and also that an army should be kept up for some time in order to indermediate the  canailles but He considered that Suspension as only a topical remedy and one which if used without General remedies which would act upon the constitutional disease might prove repellent  and dangerous by driving the complaint upon noble parts that the only radical remedy would be one which would offer the constitution that is to say relieve the misery that existed – this could only be done by getting a part for our manufacturers and by those who hold the sinecures giving them up.
_________________

Cette page a été utilisée dans « the Voice… » d’O’Meara et traduite en 1822[2] :
[3][J'ai donné à Napoléon la traduction d'une lettre qui a paru dans le Courrier, qu'il m'avait demandée; et, après l'avoir lue, il prétend qu'elle a été écrite par le gouverneur lui-même, et que l'apparente incorrection d'une partie n'est qu'un moyen d'en cacher le véritable auteur.]

Il parla alors longtemps de la situation de l'Angleterre, observant qu'il ne faut pas trop céder à la volonté du peuple, ni lui laisser croire que les concessions qu'on lui fait sont amenées par la crainte; que, peut-être, la suspension de l’habeas corpus serait pour quelque temps une mesure convenable, à l'aide d'une armée sur pied, pour intimider la canaille. «Mais, a-t-il dit, je ne considère cela que comme des topiques qui, si on ne les emploie avec des remèdes généraux, agissent sur la maladie constitutionnelle d'une manière contraire, et  deviennent répercutifs et dangereux, en portant le mal vers les parties nobles. L'Angleterre peut être comparée à un malade dont l'état exige que le cours de la maladie soit détourné par l'usage du mercure. Le seul remède efficace est celui qui attaquera le mal en sa racine ; c'est-à-dire qui fera cesse la misère qui existe. On ne parviendra à cela qu'en procurant un débouché à vos manufactures et en réduisant les dépenses. Dans ce cas, les ministres devront donner eux-mêmes l'exemple du désintéressement, en renonçant aux sinécures, etc.





[1] Wikipédia : L’ordonnance ou mandat d’habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement (contraire de l'arbitraire qui permet d'arrêter n'importe qui sans raison valable). En vertu de ce principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle peut être libérée sous caution, puis amenée dans les jours qui suivent devant un juge.
Ses origines remontent à la Rome antique avec la provocatio, qui en est le précurseur, et son principe moderne naît dans l’Angleterre du Moyen Âge. Depuis, elle a été renforcée et précisée de façon à apporter des garanties réelles et efficaces contre la détention arbitraire par l’Habeas Corpus Act (« la loi d’Habeas Corpus ») de 1679. Devenue un des piliers des libertés publiques anglaises, elle s’applique dans les colonies et reste au xxie siècle présente dans la plupart des pays qui appliquent la common law. Aux États-Unis, elle a valeur constitutionnelle, ne pouvant être suspendue qu’en temps de guerre. En revanche, au Royaume-Uni, elle est restée strictement anglaise, ne s’appliquant ni en Écosse, ni en Irlande du Nord.
[2]  Barry E. O'Meara, Napoléon en exil ou l'écho de Sainte-Hélène, ouvrage contenant les opinions et les réflexions de Napoléon sur les événemens les plus importants de sa vie recueillies par son dernier chirurgien, Imprimerie de Constant-Chantpie, 1822
[3] Texte qui n’apparait pas dans le rapport adressé à Lowe








Lorsque la France Libre rencontre l’exil napoléonien, par Jean Mendelson

À l’occasion des activités liées au bicentenaire de l’arrivée de Napoléon à Sainte-Hélène, Son Excellence l’Ambassadeur, Jean Mendelson était venu à Sainte-Hélène au mois d’octobre 2015 en qualité de représentant du Ministre des Affaires étrangères et du Développement international de la République française.  
À cette occasion, celui qui avait été directeur des Archives du Ministère des Affaires étrangères de 2006 à 2010 s’intéressa au livre d’or des domaines nationaux. Féru d’histoire, il s’arrêta plus longuement sur une page bien particulière.
Lors de notre dernière rencontre à Paris, il nous a présenté ses notes sur cette page qui l’intrigua. Sans son érudition et son immense curiosité, cette analyse m’aurait totalement échappée.
Merci Jean pour cette précieuse étude.



Ce qui attire le plus mon regard, ce sont les pages dans lesquelles la France Libre rencontre l’exil napoléonien. A la date du 15 septembre 1940, je découvre avec émotion les signatures suivantes :
« A. Patou, lieutenant de vaisseau, dissident » ;
« C. Burin des Roziers, lieutenant de vaisseau, Français libre » ;
« J. de Paray, commissaire de 1ère classe, et déserteur »;
« P. Michaut, enseigne de vaisseau, Français libre »;
« G. Delaunay, enseigne de vaisseau, Pour Notre France libre »;
« d’Estienne de Chateauvieux, commandant le 1er groupe marin ».


La date du passage de ce groupe marin, et la définition différente que chacun des signataires se donne, indiquent qu’il doit s’agir de marins parmi les premiers à avoir rallié la France Libre. En tout cas, le premier signataire est sans doute le futur amiral et chef d’état-major de la marine André Patou. Ce dernier se trouvait en effet à Alexandrie au début de l’été 1940, et avait rejoint l’Angleterre et les Forces navales de la France Libre en passant par Le Cap ; il conduira le général de Gaulle en Normandie le 14 juin 1944, et sera fait Compagnon de la Libération ; le second signataire doit être le futur amiral Claude Burin des Roziers ; pour le quatrième, j’ai trouvé trace à Alexandrie, sur le même croiseur Tourville que Patou, d’un enseigne de vaisseau, Pierre Michaut, « mort pour la France » en 1942 dans le Golfe du Mexique à bord du sous-marin Surcouf. Quant à leur commandant, il doit s’agir ni plus ni moins de « celui qui croyait au ciel » immortalisé par Aragon dans La Diane française (La rose et le réséda) aux côtés de « celui qui n’y croyait pas », Gabriel Péri. Car Honoré d’Estienne d’Orves se trouvait, lui aussi, à Alexandrie lors de l’armistice, et il avait choisi de rejoindre la France Libre en adoptant le nom d’une aïeule, Chateauvieux ; dès décembre 1940, il partira en mission en France occupée, sera fait prisonnier le mois suivant et fusillé en août 1941, puis fait Compagnon de la Libération à titre posthume. Tant d’histoires et de symboles se croisent dans ce livre d’or de Sainte-Hélène !



A la même page, je découvre une lettre bouleversante, sur papier libre, adressée à Georges Colin, qui fut l’agent consulaire de France à Sainte-Hélène entre 1919 et 1945. Je la retranscris ci-dessous telle quelle :
« Jamestown, le 3 mai 1942 (on remarque un timbre de la France libre : un V en bleu marine sur fond bleu ciel, un nuage blanc sur la pointe gauche du V, un coq rouge sur sa branche droite).
Cher Monsieur Colin,
Avant de lever l’ancre, je tiens encore à venir vous adresser un remerciement ému pour l’affectueuse, encourageante réception que vous avez su ménager à des Français exilés de leur pays depuis de si longs mois. Grâce à vous, nous avons pu nous retremper dans cette patriotique atmosphère que vous avez su garder autour de Sa tombe. Comme vous et bien d’autres vrais Français de France, nous regrettons que l’on n’ait écouté les Poètes qui eussent voulu qu’on Le laisse ici : Il n’aurait pas subi cette salissure de la sentinelle teutonne à Sa tombe.
Croyez en tout cas que tous à bord nous sommes fiers de faire un peu pour aider à ce que cet ‘’étron germanique’’ soit balayé de notre Paris.
Pardonnez-moi cette audace de style et croyez-moi, avec mon état-major et mon équipage, en toute communauté de foi patriotique avec vous. Je vous serre bien amicalement la main et présente encore mes respects à Madame (signature peu lisible : « le capitaine Carron » (?) ; suivent les signatures de chaque membre de l’équipage du Capo Olmo).


Le Capo Olmo est un navire marchand italien qui a une histoire très particulière. En provenance d’Amérique du Nord chargé de marchandises pour l’Italie, il avait fait escale à Marseille au début de juin 1940, quelques jours avant le fameux « coup de poignard dans le dos », la déclaration de guerre de l’Italie mussolinienne à la France alors envahie par les armées allemandes. Saisi aussitôt par l’autorité maritime du port de Marseille, il fut considéré comme prise de guerre et intégré à un convoi maritime français pour l’Afrique du Nord ; nommé à la tête de ce navire qui n’eut pas même le temps d’être débaptisé, le commandant Vuillemin recruta de nombreux marins - parmi lesquels le futur général Jean Simon, plus tard Grand chancelier de l’Ordre de la Légion d’Honneur, et l’administrateur colonial Pierre Messmer, futur Premier ministre sous la présidence de Georges Pompidou - et, à peine en haute mer, parvint à quitter le convoi pour rejoindre Gibraltar, où il eut toutes les peines du monde à convaincre les autorités britanniques de ne pas saisir ce bâtiment « ennemi », car considéré comme italien. Le Capo Olmo, transformé aux chantiers de Liverpool en un cargo de transports de troupes, fut ainsi le premier bâtiment de la France Libre - sa cargaison, destinée à l’origine à l’Italie, fut vendue et servit aux finances d’une France Libre encore balbutiante - ; il devait sillonner l’Atlantique pendant tout le conflit en échappant jusqu’au bout, par miracle, à la flotte allemande.

Jean Mendelson

____________________________________________________
Pour plus de renseignements, à lire la page relatant l'escale dans : 

Honoré d'Estienne d'Orves

Couverture

Il y a deux cents ans... une armée sur pied, pour intimider la canaille

Napoléon à son docteur, Barry O'Meara





Texte original recopié pour les archives du Gouverneur
31st May 1816.

We observed that we considered it necessary not to yield too much to the People, nor as if it had been done by fear, that a parliamentary reform we thought one of the most dangerous thing would be consented to – once grant that, We said and God knows how far things may go on perhaps to a revolution.  Perhaps it was necessary that the Habeas Corpus Suspicion Act[1] might be required at a time and also that an army should be kept up for some time in order to indermediate the  canailles but He considered that Suspension as only a topical remedy and one which if used without General remedies which would act upon the constitutional disease might prove repellent  and dangerous by driving the complaint upon noble parts that the only radical remedy would be one which would offer the constitution that is to say relieve the misery that existed – this could only be done by getting a part for our manufacturers and by those who hold the sinecures giving them up.
_________________

Cette page a été utilisée dans « the Voice… » d’O’Meara et traduite en 1822[2] :
[3][J'ai donné à Napoléon la traduction d'une lettre qui a paru dans le Courrier, qu'il m'avait demandée; et, après l'avoir lue, il prétend qu'elle a été écrite par le gouverneur lui-même, et que l'apparente incorrection d'une partie n'est qu'un moyen d'en cacher le véritable auteur.]


Il parla alors longtemps de la situation de l'Angleterre, observant qu'il ne faut pas trop céder à la volonté du peuple, ni lui laisser croire que les concessions qu'on lui fait sont amenées par la crainte; que, peut-être, la suspension de l’habeas corpus serait pour quelque temps une mesure convenable, à l'aide d'une armée sur pied, pour intimider la canaille. «Mais, a-t-il dit, je ne considère cela que comme des topiques qui, si on ne les emploie avec des remèdes généraux, agissent sur la maladie constitutionnelle d'une manière contraire, et  deviennent répercutifs et dangereux, en portant le mal vers les parties nobles. L'Angleterre peut être comparée à un malade dont l'état exige que le cours de la maladie soit détourné par l'usage du mercure. Le seul remède efficace est celui qui attaquera le mal en sa racine ; c'est-à-dire qui fera cesse la misère qui existe. On ne parviendra à cela qu'en procurant un débouché à vos manufactures et en réduisant les dépenses. Dans ce cas, les ministres devront donner eux-mêmes l'exemple du désintéressement, en renonçant aux sinécures, etc.




[1] L’ordonnance ou mandat d’habeas corpus (en anglais writ of habeas corpus), plus exactement habeas corpus ad subjiciendum et recipiendum, énonce une liberté fondamentale, celle de ne pas être emprisonné sans jugement (contraire de l'arbitraire qui permet d'arrêter n'importe qui sans raison valable). En vertu de ce principe, toute personne arrêtée a le droit de savoir pourquoi elle est arrêtée et de quoi elle est accusée. Ensuite, elle peut être libérée sous caution, puis amenée dans les jours qui suivent devant un juge.
Ses origines remontent à la Rome antique avec la provocatio, qui en est le précurseur, et son principe moderne naît dans l’Angleterre du Moyen Âge. Depuis, elle a été renforcée et précisée de façon à apporter des garanties réelles et efficaces contre la détention arbitraire par l’Habeas Corpus Act (« la loi d’Habeas Corpus ») de 1679. Devenue un des piliers des libertés publiques anglaises, elle s’applique dans les colonies et reste au xxie siècle présente dans la plupart des pays qui appliquent la common law. Aux États-Unis, elle a valeur constitutionnelle, ne pouvant être suspendue qu’en temps de guerre. En revanche, au Royaume-Uni, elle est restée strictement anglaise, ne s’appliquant ni en Écosse, ni en Irlande du Nord.
[2]  Barry E. O'Meara, Napoléon en exil ou l'écho de Sainte-Hélène, ouvrage contenant les opinions et les réflexions de Napoléon sur les événemens les plus importants de sa vie recueillies par son dernier chirurgien, Imprimerie de Constant-Chantpie, 1822


[3] Texte qui n’apparait pas dans le rapport adressé à Lowe

mardi 30 mai 2017

Cinq nouvelles gouaches du Chinois dans les collections des domaines


Offertes par Jean-Paul Mayeux à la Fondation Napoléon pour mise en dépôt à Sainte-Hélène, cinq gouaches du Chinois viennent enrichir les collections des domaines nationaux.


Si nous connaissions d’autres représentations de la Tombe et de Napoléon (拿破) sur son lit de mort, nous n’en avions pas d’équivalent pour les représentations de Jamestown et des Briars. Elles constituent donc un ensemble unique et contemporain de l’exil et des années durant lesquelles le corps de Napoléon était encore sur l’île.  



Il y a deux cents ans... Un Elbois à sainte-Hélène, entre femme légitime au pays et maitresse sur l'île

Un des serviteurs de Napoléon, Angelo Gentilini est pris en tenaille entre sa femme légitime restée à l'île d'Elbe et sa maitresse (de cette année là.. il en changera ensuite) sur l'île, Madame Snell.


Le Bon docteur O'Meara va tout arranger avec la complicité du Gouverneur toujours très compréhensif dès qu'il s'agit d'affaires intimes. 




texte original

In a note of the 30th  Dr. O’Meara relating to ------- which Gentilini, one of Bonaparte’s Valets wished to obtain or ---, Dr. O’Meara said to major Gorrequer

     “I have fully explained the contents of your note to Gentilini, who is extremely thankful for the trouble His Excellency has been pleased to take about his little affair & begged to offer his most humble & grateful thanks, particularly for his condescension in writing himself to his Wife”  I have also given him the Third Bill of Exchange”   

lundi 29 mai 2017

Il y a deux cents ans...Pendant ce temps, le Comte de Survilliers aux USA

Des soupçons provenant des Etats-Unis... le frère ainé de Napoléon.




Texte original


Gorden Town
May 29th 1817.

Sir,
The Count of Survilliers does not understand nor read the English, therefore he told me to translate the Letter you directed to him on the 27th Inst. and in answer I must tell you that he is entirely ignorant of the Interviews which you may have had with some Persons, and as to what refers to him in particular, he has made it a Rule, not to interfere in the Business you allude to.
Yr. Obdt. Servt.
Jas. Garret

Mr. Jessi Hawkins

The name assumed by Joseph Buonaparte in the United States.


C. Bagot

dimanche 28 mai 2017

Il y a deux cents ans... Napoléon à Sainte-Hélène, "c’est trop fort [d]'envoyer ici une telle bête"

Napoléon à Sainte-Hélène, "c’est trop fort [d]'envoyer ici une telle bête"



Texte original


St. Helena
28th May 1817.

My Lord,
Every thing remains here in the same state as when I last had the honor to address Your Lordship.  General Bonaparte continues in good health and tranquil. He has been very sensible on a letter has appeared in one of the Papers from the Marquis Montchenu remarking “c’est trop fort envoyer ici une telle bête” to a settlement belonging to a Rival nation, to render him an object of  Contempt and confirm the English in their old prejudices that the French were a nation of dancing Masters.  
Dr. O’Meara to whom the observation was made, might have with great justice remarked that some of his own General Officers form their Insolences, Vulgarity & protections, not set off by much more talent than what the Marquis possesses rendered them fitter objects of general prejudice than his follies; but Dr. O’Meara is I fear too prone to receive without opposition and admire what is said to him.

I have the honor &c.
H. Lowe

Lieutenant-General

Il y a deux cents ans... visite dominicale

Monsieur Balcombe était à Longwood ce dimanche 26 mais seulement pour rencontrer le Comte Bertrand






Texte original

Longwood

28th May 1817.

Mr. Balcomb was at Longwood on Sunday (26 Inst) & at Count Bertrand’s only.


T. Poppleton

samedi 27 mai 2017

Il y a deux cents ans... du vin du Medoc pour Longwood

La dernière fois, le gouverneur a eu la gentillesse de nous laisser du Medoc qui est maintenant presque fini. S'il y en a encore, seriez-vous assez bon d'en faire une demande pour nous.




Texte original

27 May   Longwood

My dear Gorrequer

The last time the Governor was kind enough to let us have (Medoc) is now near part. If there is any to spare will you be good enough to make the request for us.

Yours sincerely

T. Poppleton

jeudi 25 mai 2017

Il y a deux cents ans... confusion administrative: bateau ou pas bateau ?

Typique des tracasseries de la détention: les officiers britanniques sur l'île n'eurent de cesse de mal communiquer entre eux. Bateau ? vous avez dit bateau... non je n'ai pas dit bateau etc... 






Texte original

My dear Sir,
I certainly did say I would speak to the Admiral after I had heard from you, but I
did not mention a word about a Boat – all I said was that after I had received your directions what was to be done, I would then mention to the Admiral & would let him know about it.

Yours faithfully
T. Reade

25 May






mercredi 24 mai 2017

Il y a deux cents ans...fausse alerte

Je ne peux pas éviter d'avoir l’impression que le navire mentionné dans la dernière partie du message de la station météorologique n'avait rien à faire dans ce voisinage.  Le télégraphiste basé à Plantation House dit que c'est la goélette qui a été vue à 2 lieues de distance hier. Il me dit aussi que la veille, il a vu le « Levret » à 16 Ligues de distance, mais qu’il s’était trompé sur son apparence, et qu’il s’agissait en réalité du Brig de la Compagnie « le David ». Je vous prie de communiquer ce dernier point pour l'information de Votre Excellence et je serai obligé par votre avis sur le sujet.






Texte original


24th May 1817.

Sir,

I cannot avoid being under an impression the Vessel mentioned in the latter part of the weather signal has no business in this neighbour ---.  The Signal Man at Plantation House say it is the Schooner which was seen a 2 leagues distance yesterday & further tells me he saw Levret 16 Leagues distance on the day before, but was under the notion from her appearance, it was the Brig that came in company with the David.  I beg leave to communicate this latter point for Your Excellency’s Information & shall be obliged by the favour of your opinion on the subject.