Présentation des domaines nationaux de Sainte-Hélène

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dimanche 21 mai 2017

Il y a deux cents ans... La fierté d'Hudson Lowe

Billet du Commissaire russe Balmain à Sir Hudson Lowe au sujet d'une lettre que Lowe ne cessa d'exhiber pendant ses cinq années de service à Sainte-Hélène





                Monsieur le Gouverneur,
                Me faisant un véritable plaisir de satisfaire votre curiosité, j’ai l’honneur de vous envoyer la lettre du général Gneisenau[1]. J’ose vous prier en même temps de ne pas oublier le voyage que vous avez eu la bonté de me promettre.
                Daignez, Monsieur le Gouverneur, agréez l’assurance de ma haute considération.
                Comte Balmain

St. James, ce 21 mai 1817




[1] Il s’agit d’une lettre que Lowe, alors Colonel détaché auprès des alliés anglais, avait reçue du Generalfeldmarschall prussien Wilhelm Antonius, comte Neidhardt von Gneisenau (né le 27 octobre 1760 à Schildau, près de Torgau - mort du choléra le 23 août 1831 à Posen) après avoir travaillé sous ses ordres en 1814.  


Voici le texte de la lettre en question :

AU MAJOR-GÉNÉRAL SIR HUDSON LOWE.

Hirschberg en Silésie, 23 novembre 1814.

Mon cher général,
C'est avec la plus grande satisfaction, mon très-cher et très-honoré général, que j'ai reçu votre lettre du 15 septembre, où vous me dites que vous conservez encore le souvenir d'un homme qui vous est infiniment attaché, et qui, dans le cours d'une campagne mémorable, s'il en fut jamais, a appris à apprécier vos rares talents militaires, votre profond jugement sur les grandes opérations de la guerre et votre imperturbable sang-froid le jour de la bataille. Ces rares qualités et votre honorable caractère m'enchaînent pour jamais à vous. Vous pourrez toujours vous vanter, général, d'avoir appartenu au petit nombre de ceux qui opposaient à de timides conseils une fermeté que ne pouvaient ébranler les revers soutenus; jamais vous ne vous êtes départi de la conviction que, pour ramener l'Europe à un juste et équitable équilibre, et pour renverser le gouvernement du jacobinisme impérial, il fallait s'emparer de sa capitale, sans cela il n'y avait aucune sécurité. L'événement a heureusement justifié vos calculs.
Les quatre puissances alliées sont encore, grâce à Dieu, dans la meilleure intelligence. Ce qui inquiète le plus la France, c'est la formation de nos nouveaux Pays-Bas, de ce formidable bastion qui prend si bien en flanc toute invasion que la France pourrait projeter en Allemagne, et qui, en même temps, sert de tête de pont pour votre passage par mer. Mais, quoique nos opinions coïncident en ce qui regarde le nouveau royaume des Pays-Bas, je ne puis envisager sous le même point de vue que vous la cession qui lui serait faite des États allemands situés entre la Moselle, la Meuse et le Rhin. Ce que nous avons arraché avec tant de difficulté des mains d'un voisin turbulent, nous ne pouvons le céder à un autre État étranger. L'Allemagne est un pays purement défensif, et par conséquent, vu sa nature pacifique, on ne saurait assez l'agrandir. Si ces provinces nous échéaient, nous essayerions d'être vos bons voisins, aussi fortement unis à vous par le sentiment de la reconnaissance nationale que par de saines vues politiques et des intérêts bien compris.
Votre nomination, mon cher général, doit vous mettre en rapports continuels avec le duc de Wellington. Vous m'obligerez infiniment de me servir d'intermédiaire pour présenter à ce héros les sentiments de respectueux hommage que j'éprouve pour lui. Par la circonspection avec laquelle il a conduit la guerre dans la Péninsule, il a préparé et amené l'état de choses qui a permis à l'Europe de s'émanciper elle-même; et ce fut après sa belle campagne contre Masséna, qu'on commença, en Russie, à croire à la possibilité de la résistance et à s'y préparer. La postérité reconnaissante comptera le duc de Wellington parmi les bienfaiteurs de la race humaine.
Comte de GNEISENAU,

Lieutenant-général

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