mardi 2 octobre 2018

Les saules de la Tombe de Napoléon


Dans les collections et dans les reliquaires de Sainte-Hélène figure toujours un fragment ou quelques feuilles des saules qui entouraient la Tombe de Napoléon à Sainte-Hélène. 


                   Les saules qui ne furent pas pleureurs, contrairement aux images véhiculées tout le long du XIXème siècle, devinrent très vite le symbole de la tombe : écrivains, voyageurs, personnalités de tous bords, tous sacrifient au mythe, à la légende. Mais qu’en est-il vraiment ? Lors des funérailles, nous savons qu’il y avait deux saules poussant près de la tombe et de nombreuses autres variétés d’acacias et de cyprès aux alentours de la Sane Valley : le gouverneur Beatson, essayant d’acclimater des espèces nouvelles pour la reforestation de l’île les y avait introduites en 1810. Madame Dickson, la nurse des enfants du grand-maréchal Bertrand, en fait quelques boutures et plante une haie autour du tombeau immédiatement après l’enterrement. Un premier saule est déraciné en l824 et le gouverneur Dallas s’en attribue la souche en 1829 en l’emportant à Plantation House. Le même gouverneur s’approprie le deuxième saule qu’il envoie chercher, le 6 mai 1833, par son aide-de-camp. Durant les années suivantes, nombre de visiteurs dépouillent les arbrisseaux plantés par Madame Dickson et baptisés depuis « saules de Napoléon ». Ils les revendent à bon prix au hasard des escales ou revenus dans leurs pays, les replantent chez eux à moins qu’ils ne les transforment en reliques en les encadrant au besoin.




Tombe de Napoléon en 1821
(c) 1inv. arenenberg n.5479
________________________________________________________

Les saules de Sainte-Hélène n'étaient pas pleureurs (par Albert Benhamou)

Cet arbre n'était pas natif de l'île. Il avait été apporté d'Angleterre par Thomas Brooke, un gouverneur envoyé dans l'île par la Compagnie des Indes Orientales et qui s'y était établi depuis, qui s'impliqua beaucoup dans l'amélioration des lieux. Un ouvrage de 1805 parlait déjà de l'espèce de saule vue sur place comme un "English Weeping Willow", c'est-à-dire un saule pleureur anglais (source: Francis Duncan, A Description of the Island of St. Helena, etc., Londres, 1805, page 144). Thomas Brooke lui-même, dans sa fameuse histoire de l'île (A History of the Island of St. Helena, 1808) indiqua que plusieurs espèces d'arbres avaient commencé à être introduites dans l'île à partir de 1749 sous le gouverneur Hutchinson, et que cet effort a été poursuivi par deux autres gouverneurs, Patton et Brooke lui-même.

Le Salix Babylonica est en fait originaire d'Asie, et avait été introduit en Angleterre au début du 18e siècle. Il était alors le seul saule "pleureur" et cette caractéristique particulière lui donna vite un grand succès. Le nom "Babylonica" lui a été donné en 1753 par le botaniste Carl von Linné qui pensait que cet arbre était celui dont parlait le psalmiste hébreu quand il écrivait dans son exil: Au bord des fleuves de Babylone, nous étions assis là, et nous pleurions aussi, en nous souvenant de Sion. Sur les saules de cette contrée, nous avions suspendu nos harpes. (Psaume 137, versets 1-2)
Depuis la mort de Napoléon, le saule pleureur a souvent été associé à un arbre de tombeau. Dans son Elégie à Lucie, le poète Alfred de Musset a écrit:
Mes chers amis, quand je mourrai,
Plantez un saule au cimetière.

Aussi on a plus tard appelé ces saules "pleureurs" des Salix Sepulcralis! Mais cet arbre, que l'on appelle "saule pleureur" et que l'on trouve aujourd'hui communément dans les jardins à travers toute l'Europe, n'est pas le Salix Babylonica de Napoléon. Il s'agit d'un croisement d'espèces effectué à la fin du 19e siècle entre le Salix Babylonica, qui donne cet aspect "pleureur", et le Salix Alba (dit saule blanc, ou saule argenté, ou aubier en français), qui lui donne une meilleure résistance au climat d'Europe. Alors, pour distinguer ceux des saules qui provenaient du tombeau de Napoléon, plantés depuis dans tout le monde, on a même utilisé l'appellation Salix Bonapartea, alors qu'il ne s'agissait que de Salix Babylonica. Le saule pleureur commun, dit "golden willow" en anglais, donne des feuilles de couleur vert clair et des tiges jaunâtres, d'où son nom "golden". Le Salix Babylonica a des tiges plus sombres, un tronc plus noir, des feuilles d'un vert plus profond et édentées de façon prononcée. Il existe évidemment des caractéristiques bien plus scientifiques dans la comparaison de leurs différences.
__________________________________

Pour plus d'informations, lire l'excellent article rédigé à ce sujet par Albert Benhamou en 2011 et que vous pouvez retrouver sur son site "L'Autre Sainte-Hélène"


Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

Visitez le site de la "Charity" (Fondation de droit local) Saint Helena Napoleonic Heritage

Visitez le site de la "Charity" (Fondation de droit local) Saint Helena Napoleonic Heritage
Pour préserver et promouvoir la mémoire de Napoléon à Sainte-Hélène